Les censeurs obsédés par le glauque

Images-choc sur les paquets de clopes, vidéos pour la sécurité routière de plus en plus gores, visages de femmes tuméfiés… Merci à ces censeurs qui dévoilent la perversité de fond de ceux qui veulent « rendre l’humanité meilleure ».

Voici un phénomène qu’on peut voir s’intensifier autour de nous : pour nous rendre soi-disant meilleurs, en voulant nous éviter de rencontrer dans notre vie des situations horribles ou difficiles (cancer, accident de la route, violences conjugales…), on nous montre de plus en plus d’images écœurantes. Étrange ruse de la raison qui oblige les moraux à se fournir dans les archives de l’horreur, pour légitimer leur message bienveillant.

Un des derniers exemples en date, la vidéo gore pour la sécurité routière. Un document « insoutenable », selon certains, où tout est filmé comme dans un reportage ou un film d’horreur. On se souvient également de la dernière pseudo-campagne contre la clope, qui avait provoqué un petit scandale (voir ci-dessous).

Des visages de jeunes gens, au regard implorant, une main de vieux sur le retour prête à les obliger à se livrer à une fellation ? Nos grands sauveurs anti-clope avaient cette fois ci eu recours à l’imagerie du film porno, déjà perçue comme immorale, pour combattre une autre immoralité : fumer des clopes (acte implicitement immoral depuis la loi Evin).

Faire peur, le meilleur moyen de guérir un travers ?

Comment oser, au nom d’une existence saine donc sans tabac, assimiler un acte sexuel à un avilissement, à une soumission ? C’est emprunter le langage, encore une fois, des pornographes, pour défendre une cause apparemment propre. Ce n’est en rien choquant pour nous, mais ça donne un éclairage frappant sur les pratiques hypocrites de certains concepteurs de campagnes publicitaires. Les ados estiment, à cause des films pornos, qu’une fellation est un rapport de domination – soumission ? Utilisons donc ce raccourci douteux pour faire passer nos idées anti-tabac ! Guérissons le mal par le mal ! Faisons peur, dérangeons, inquiétons !

Joli tour de passe-passe du diable qui se montre d’autant plus qu’on cherche à l’éviter. Regardez l’horreur, visualisez la face cachée de vos passions et dépendances, que cela vous dégoûte, que cela vous purge, vous effraie, vous stérilise, vous raidisse. Vous ne fumerez plus, vous jouirez un peu moins, vous vous fliquerez, vous vous retiendrez, vous serez meilleurs, vous vous maîtriserez. Meilleure recette  pour amplifier les carnages à venir, en général.

Malgré tout, on a le droit de préférer la compagnie d’un fumeur détendu à celle d’un vertueux flippé qui se flique.

Et les bienfaits de la clope ?

D’ailleurs, pourquoi passe-t-on sous silence tous les bienfaits de la clope ? Elle empêche certainement des millions de névroses de se développer outre-mesure, par le petit plaisir qu’elle procure. Et c’est beau, un fumeur qui prend sa pause tranquillement, accoudé à un mur, seul, les yeux rivés sur l’horizon, soupirant son nuage de fumée. On peut y voir de la poésie, une sorte de petite séance d’auto-érotisme mélancolique. Beaucoup de grande scène de cinéma reposent sur la beauté graphique du fait de fumer. Prenons Lauren Bacall et Bogart dans Le Port de l’angoisse. Les sous-entendus érotiques était déjà présent dans ces scènes : mais avec une tendresse, une souple animalité, un amour du corps dont nos bons moraux raidis n’ont pas idée.

Ce n’est pas la clope en soi qui est mauvaise et qu’il faut combattre, c’est une certaine vision de l’existence. Celle à défendre n’a pas la poltronnerie et le dégoût comme unique ressort. Et n’as non plus la seule visée économique en tête ; puisque la clope devient souvent un problème quand on estime qu’il devient trop coûteux de financer les chimiothérapie des cancéreux. Les cerveaux débordés de moralité et d’argent, voilà les premiers ennemis, ceux à ne surtout pas écouter. Non pas pour le contenu de leur message, parfois justifié, mais surtout pour leur mauvais goût et leur hypocrisie.

Ces campagnes qui visent à rendre l’humanité meilleure seront comme toutes les autres du même type, elles ne serviront strictement à rien et n’enlèveront pas un seul gramme de « mal » que nos sauveurs croient déceler sur cette planète. Elles rajouteront seulement un peu plus de vulgarité, un peu plus de crainte, un peu plus de malaise. Et, espérons-le, elles donneront envie à certains de tirer quelques bonnes taffes en se souvenant de leur dernière nuit d’amour.

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