Notre époque a peur de ses femmes

Notre société, par la pornographie ou le voile intégral, agit avec une violence rare sur la féminité. Signe infaillible d’un état de nihilisme… intégral.

Ce n’est jamais bon signe d’entendre trop souvent le mot « intégral ». Ces temps-ci, à travers deux faits sociaux apparemment assez éloignés, opposés, ce terme fleurit. Combien d’articles sur l’épilation intégrale ? Combien sur le voile intégral ?

Le principe d’intégralité vient donc mettre sur le même plan ces deux petits faits sociologiques, qui ont en commun de mettre sous pression le corps de la femme. Dans un cas, l’épilation, on ordonne de tout montrer, d’isoler le sexe féminin dans une sorte de symbole de pureté à contempler. Comme si, face au défi lancé par la beauté du corps féminin, au lieu d’y répondre par l’engagement, on préférait, inconsciemment, passer par une sorte de rite préalable, une violence nourrie de vengeance, qui souhaiterait porter un coup à la chair coupable. Avant d’en venir à l’érotisme, passer par la pornographie qui annihile précisément la moindre parcelle de liberté sensuelle, faisant d’un acte censé être libérateur un esclavage de plus, un mime de plus, une répétition de plus.

Ainsi, l’auteur de cet article a récemment entendu dans un café un groupe de garçons deviser ainsi : « Si c’est pas rasé, j’y touche pas ! » Ou comment prouver par une petite pique tyrannique son impuissance chronique à se tenir à la hauteur de l’épreuve proposée par le corps féminin. Épreuve qui demande une certaine distance, un certain courage, totalement étranger aux mâles actuels. Les femmes, qui ne souhaitent pas rester indéfiniment des filles, désespèrent de n’être désirées que par des adolescents vieillis ; on les comprend.

On pourrait aussi supposer que l’épilation intégrale, rapprochant la femme de sa physionomie de fillette, permette ainsi de ne pas voir en face, littéralement, le fait d’avoir une relation avec une vraie femme adulte ; une femme, oui, dans la mesure où elle est une femme-enfant, un puits à plaisir sans limite. Elles conformeraient ainsi leur corps aux désirs puérils des hommes actuels, leur tendant le miroir d’une adolescence manquée, maintenue à bout de bras à coup de rasoirs et d’obsessions (nouveauté : la chirurgie esthétique pour le vagin).

Une tyrannie intégrale sur le corps

Il ne faut pas voir seulement dans ces pressions exercées sur le corps féminin la faute d’hommes impuissants ; c’est aussi bien les femmes qui s’y offrent. Une fille qui suit tout les conseils que l’époque lui dicte, se protège elle aussi de toute relation qui mettrait en jeu sa capacité à vivre sa vraie responsabilité. Celle-ci est toujours liée à la question amoureuse, à la rencontre de deux corps, certes, mais aussi de deux âmes, qui extrait de tout contexte social.

De la même manière, certaines femmes qui portent le voile intégral disent ainsi se protéger du désir des hommes, de leurs regards. Par plusieurs aspects, la burqa répond également aux critères de beauté actuels, en les inversant : là où la femme moderne occidentale devrait en montrer le plus possible, en gommant tous les affres du temps et de la maturité, celle qui porte le voile intégral est engagée à ne strictement rien montrer, dans une étrange décision d’opposer un voile neutre à toute possibilité de confrontation amoureuse.

Tout montrer ou tout cacher : dans un cas comme dans l’autre, il faut donc être d’une netteté irréprochable, pour n’avoir pas à entrer dans le monde nuancé de la sensualité.

Que vaut la « liberté » occidentale ?

Logiquement, les commentateurs occidentaux sont très partiaux sur l’analyse des deux phénomènes ci-dessus. L’épilation intégrale, par exemple, n’est vue que comme une mode passagère, une sorte de luxe propre à une époque très avancée, un détail sociologique, un progrès hygiénique, alors que la burqa serait un signe de régression sans pareil. Selon eux, dans un cas, faire attention à sa « beauté » constitue une liberté, dans l’autre, la cacher est un emprisonnement. Nous espérons avoir montré que cela n’est pas si simple.

Des pré-adolescentes arborant leurs strings, s’habillant dès le plus jeune âge comme des futures « bimbos », est-ce d’une liberté si remarquable ? Sans même parler de bon goût. Des corps de femmes retouchés par ordinateurs pour que, sur les images, elles paraissent plus jeunes (d’une jeunesse immémoriale, s’entend) qu’elles ne l’ont jamais été, les horreurs de la chirurgie esthétique qui donne cet air de cadavre à tant de célébrités, devenues incapables de sortir de cet espèce de masque mortuaire alimenté au botox ? Ces squelettes d’une beauté révolue, sont-ils vraiment plus reluisants qu’une personne portant le voile intégral ?

Imposer des codes à un corps ou le cacher, ce n’est peut-être pas exactement la même chose, mais le désir fondamental est le même : bloquer les messages libérateurs et asociaux issus de sa beauté, de sa liberté naturelle. Car vivre libre, c’est vivre dans le sens de la beauté des femmes, et non pas vouloir s’en débarrasser, la cacher, la supprimer.

Aujourd’hui, on n’a jamais vu autant de femmes dénudées ; mais elles n’ont jamais été si lointaines, absentes, tout comme ces corps de femmes voilées, qui abritent pourtant, quelque part en elle et à leur insu, la clé de toute délivrance.

Crédit photo : Flickr / Steel Wool

D’autres points de vue sur Retour d’actu.

Digg This
Reddit This
Stumble Now!
Buzz This
Vote on DZone
Share on Facebook
Bookmark this on Delicious
Kick It on DotNetKicks.com
Shout it
Share on LinkedIn
Bookmark this on Technorati
Post on Twitter
Google Buzz (aka. Google Reader)
This entry was posted in Nos points de vue and tagged , , , . Bookmark the permalink.

4 Responses to Notre époque a peur de ses femmes

  1. Anonyme says:

    Salut bou, comment ça va ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

* Copy This Password *

* Type Or Paste Password Here *

46261 Spam Comments Blocked so far by Spam Free Wordpress