Pourquoi Twilight fait rêver les adultes

Le succès de la saga  Twilight, auprès d’un public qui est censé avoir dépassé le stade de l’adolescence, laisse songeur sur sa lucidité.

Twilight est une histoire de vampire ravalée au niveau de l’ambiance de l’adolescence. La saga est une sorte de gloubi-boulga des questions qui occupent le cerveau point encore averti de ces jeunes entre-deux-âges ; âge où l’on sait rarement exprimer un sentiment, où l’on ne sait pas non plus s’en libérer.

C’est pourquoi il est étonnant de constater que beaucoup de membres des deux sexes, qui laissent croire être du côté des adultes, se ruent avec compulsion vers ce disneyland émotif.

C’est que Twilight joue plus le rôle de drogue douce que celui d’agent guérisseur ; il correspond donc tout à fait à notre monde actuel qui vise toujours moyenne. En premier lieu, l’absence de (presque) toute description d’acte sexuel dans le roman en signe l’arrêt de mort intellectuel. Twilight agit sur le lecteur comme agissent les préliminaires sur les pré-ados qui découvrent la sexualité. On tourne autour du pot, on mâchouille, on grignote, on effleure : mais jamais on n’en vient au point décisif, qui permet d’ailleurs de dépasser les questionnements énumérés ci-dessus. Les adultes d’aujourd’hui n’ayant probablement trouvé aucune réponse satisfaisante à leurs problèmes d’adolescents, on ne s’étonnera pas qu’ils se régalent de replonger dans leurs sensations premières.

A vingt ans, on lit Twilight. A trente, Houellebecq.

On voit dans Twilight le triomphe de l’idée selon laquelle on parle toujours beaucoup trop avant de faire l’amour et toujours trop peu après. Ce qui a le grand défaut de mettre sur un piédestal l’acte amoureux, cela symbolise une véritable croyance au sexe, comme si cela allait nous sauver de quelque désespoir de fond. On en parle, on en parle, alors que comme toujours, la pratique sérieuse et appliquée reste la meilleure manière d’y connaître quelque chose – et de ne pas tomber dans son piège.

A travers Twilight, notre époque ne fait pas l’amour : elle parle l’amour, et même elle le parlotte, comme si elle apprenait une langue étrangère. Edward et Bella ont eu des aventures, ont beaucoup discuté ; bien ; mais que se sont-ils dit après avoir plié l’affaire ? Voilà ce qui pourrait devenir intéressant.

Est-ce que Bella assure au lit ?

Dans le monde de Twilight, on n’a que deux choix envisageables concernant sa vie sexuelle : ou bien elle est impossible (car on tuerait son partenaire), ou bien elle est idéale, apparaît comme une vision fugace perdue dans un futur incertain. Du reste, si l’on se marie, c’est pour l’éternité. Ce qui fait deux interdictions coup sur coup, dans la plus pure tradition puritaine.

Aujourd’hui, ce n’est plus la religion et l’ordre ancien qui profite de cette moralité, c’est toute l’industrie consumériste, cinématographique, littéraire, publicitaire, qui vit aux crochets de cette croyance à la sexualité-délivrance-épanouissante, du maintien de la plupart des consommateurs dans cet état de dévotion. Il suffirait pourtant de lever n’importe quelle fille – pardon – pour réaliser qu’il existe d’autres questions bien plus importantes, par exemple celle du « savoir bien jouir ».

Faire l’amour ? La belle affaire ! Mais parmi toutes les pin-ups, les héroïnes, les stars, les vampires et les belles dont on nous abreuve, lesquelles savent jouir vraiment, avec un certain art de vivre, avec générosité, avec inventivité, avec reconnaissance ? Pleinement ? Franchement ? Honnêtement ? Il n’y a peut-être qu’un petit nombre d’êtres qui sont capables d’avoir une « vie sexuelle » réussie. Et cela, il ne faut surtout pas en parler à la masse ; il faut faire croire que le bonheur sexuel est possible et souhaitable pour tout le monde, qu’il permet à tous d’égaliser leur bonheur : pour cela, il faut absolument le maintenir hors du champ de l’analyse. Ce qui est fait dans Twilight, ou dans les magazines féminins friands de point-G et autres obscurités.

Êtes-vous assassin raté ou puritain idéaliste ?

Si certains adultes succombent à ces charmes désuets, c’est qu’il doit être très soulageant pour eux que de suivre à longueur de pages les aléas érotiques d’êtres totalement imaginaires et dont la réelle valeur sexuelle est hors-propos, dans une époque obsédée par l’idée de performance – il faut absolument jouir, et ça a l’air d’être possible puisqu’on nous dit partout que le sexe, c’est pour tout le monde, et que ça marche. Ainsi respirent les sociétés humaines, à grands coups de contradictions apparentes, passant d’un extrême à l’autre sans jamais rien comprendre de ce dont elles sont le jouet.

Un Houellebecq a pu illustrer à fond, dans ses livres, l’impasse sexuelle de notre temps. Ses anti-héros ne savent pas vivre leur sensualité ou deviennent des sortes de criminels ratés. A ce titre, Twilight n’a rien d’opposé au nihilisme de cet auteur ; les deux constituent les deux faces d’une même pièce. Assassin raté ou puritain idéaliste. Faux libéré à l’adolescence, vrai prisonnier à l’âge adulte, c’est le programme !  Vampire de pacotille ou amant impuissant. Libre, jouisseur, épanoui ? Faudra repasser, on n’a que des drogues en magasin.

A lire aussi sur ce blog : mais pourquoi on aime Twilight ?! … et un point de vue plus cool quand même sur la saga de Stephenie Meyer

Crédit photo : Kid’s birthday parties Flickr

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5 réponses à Pourquoi Twilight fait rêver les adultes

  1. Est-ce que Bella assure au lit ? Ceci est une question a porté reflexion

  2. Ping : Ce que confirme le succès de |

  3. sainkho dit :

    critique totalement vide de sens sous ses airs de vouloir en avoir… « est ce que Bella assure au lit »…. je rétorque et est ce qu’Edward assure au lit ? le fait de suggérer plutôt que de montrer est surement plus mature que n’importe quelle pornographie…. le sexe est la plupart du temps inutile et non écrit au cinéma (il ne suffit pas de montrr une scène pour qu’elle veuille dire qqch). là, l’attirance irrépressible et plutôt étonnamment bien traduite… on a même aucun doute sur la teneur future de leurs ébats. enfin bref pas envie de me fatiguer à répondre à un mauvais papier sur le sujet….

  4. Ernst Calafol dit :

    Bonjour,

    Je vous remercie pour votre message.

    Je ne pense pas que de donner des détails concrets sur la sexualité amène immédiatement dans le champ de la pornographie. La pornographie, c’est nier l’existence en tant qu’individu des personnages en centrant l’intérêt uniquement sur leurs organes sexuels, en balayant totalement la dimension psychologique en particulier des femmes (c’est la pornographie d’inspiration masculine qui pullule partout). Mais, à mon sens, l’inverse n’est pas mieux. Ne parler que des sentiments en évitant de donner des détails sexuels, c’est risquer de tomber dans un idéalisme plat et finalement mensonger. Il y a une manière de parler clairement de sexe qui peut permettre de ne parler de sexe que pour ce qu’il est, et pas pour tout ce qu’il charrie de fantasmes chez les hommes et les femmes. Et cette manière ne sera ni romantique, ni pornographique, tout juste réaliste.

    « On n’a aucun doute sur le futur de leurs ébats », dites-vous : le problème, c’est que dans la vie réelle, et assez souvent je crois, on n’a aucun doute sur ce que l’on pense que la sexualité va être avec un tel ou une telle, ou dans telles ou telles conditions, parce que l’on est porté par notre désir et nos fantasmes. Et une fois venu le moment de passer à l’acte, on se rend compte, presque systématiquement, que cela ne correspondait pas du tout à l’idée que l’on s’en faisait. Bien souvent, le désir « rate », c’est ainsi. Et la maturité que vous évoquez, réside, je crois, dans le fait de constater cette faillite. La grande littérature est là pour nous le faire remarquer. La mauvaise, pour nous le faire oublier. Je crains que Twilight n’appartienne à la seconde catégorie.

    Par contre, vous avez raison, j’aurais pu également ajouter « est-ce que Edward assure au lit ? ». Pardon pour cet oubli.

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