La guerre, une histoire d’amour

Auparavant, on appelait « face cachée de la guerre » les souffrances qu’elle causait. A présent, c’est l’inverse : on ne parle plus que de ses misères, en oubliant soigneusement qu’elle ouvre aussi l’homme à sa liberté la plus totale.

Le Monde magazine du 19 février 2011 propose un photo-reportage du journaliste américain Sebastian Junger, qui a passé un an en Afghanistan en compagnie de soldats US. Il en a tiré un livre, intitulé Guerre, et un film. La vision qu’il donne de la guerre et de ses acteurs est totalement à contre-courant des idées que l’on s’en fait aujourd’hui, où on la dépeint volontiers comme un énorme gâchis, une absurdité sans nom. Pour Junger et, si on le croit, les soldats qu’il a suivis, la guerre, bien qu’étrangère à la morale, peut être une expérience très riche, très intense. Quel mot Sebastian Junger choisit-il pour définir les liens qui unissent les soldats ?

« Plus que l’amitié ou la fraternité, c’est l’amour qui lie les hommes du peloton. Ce mot s’impose. Chacun est prêt à risquer sa vie pour n’importe quel autre. Quelle meilleure définition de l’amour ? »

L’amour ne serait possible qu’à proximité de la mort

La guerre serait donc une histoire d’amour ? En tout cas, l’on n’y est ni camarade, ni collègue, comme on peut l’être dans la société civile. On y est bien plus que cela, car l’idée de la mort est constamment présente. Loin d’être quelque chose d’objectif, la mort devient avant tout l’idée que s’en font les soldats ; ils la relient à leur vie, leur expérience. La guerre offre ainsi la possibilité de tirer constamment un bilan sur soi, de s’assurer de ce que l’on veut vraiment, de ce que l’on aime par-dessus tout, ce pour quoi l’on a envie de se battre. La sensation physique de notre finitude, la vue de camarades tombés bouleverse notre ressenti, et peut nous extirper de notre condition de simple salarié mortel, ou de simple soldat mortel.

Le témoignage de Sebastian Junger le montre certainement : l’amour n’est envisageable et vivable que grâce à la proximité de la mort ; on mesure son amour quand on mesure son envie de vie, et nulle part davantage qu’à la guerre l’envie de vie n’est aussi puissamment mise en valeur.

Ce qui est étrange et qui demande décryptage, ce sont les multiples tentatives, dans les médias et dans l’article du Monde mag en particulier, de tenter de dissimuler ce versant « vitaliste » de l’activité guerrière.

L’état de paix n’est-il pas aussi absurde que l’état de guerre ?

Par exemple, et cela ressort dans l’article, on va rappeler que la guerre est absurde, qu’elle consiste surtout en la manipulation de garçons perdus, innocents, bornés, parfois en échec scolaire, par des élites qui décident de tout. C’est ainsi qu’Annick Cojean conclue son papier introductif : « Difficile de ne pas sortir du livre et du film [de Sebastian Junger] avec une impression d’absurdité devant les souffrances engendrées par la guerre. »

Cette phrase fait bien sûr preuve de bon sens. La guerre, en effet, est totalement absurde, et engendre des souffrances parfois monstrueuses. Mais pourquoi dit-on si rarement que la paix est aussi, profondément, complètement absurde ? Et qu’elle engendre, à sa manière, des souffrances parfois monstrueuses ?

Il suffit pourtant de regarder autour de nous, d’ouvrir un journal pour s’en convaincre. Pourquoi dit-on si rarement, comme l’avait senti l’ignoble Louis-Ferdinand Céline dans son Voyage au bout de la nuit, que les périodes de paix sont des périodes de guerre larvée ? Où les champs de tir, la folie des fêtes foraines, constituent parfois une nourriture momentanée à l’appétit général de destruction ? Sans parler, aujourd’hui, du succès des films de guerre, ou du fait que le jeu vidéo de guerre Call of Duty 4 se soit vendu à travers le monde à plus de 18 millions d’exemplaires. En période de paix, le goût de la destruction est toujours aussi vivace, mais il se concrétise d’une manière beaucoup plus inconsciente, voilée de morale, alors qu’à la guerre, la lucidité la plus crue est de rigueur, et la morale n’a plus cours.

« Vingt minutes de combat contiennent plus de vie qu’une existence ordinaire »

Sebastian Junger est le premier conscient du tabou qui entoure la guerre. « Vingt minutes de combat contiennent plus de vie que l’intégralité d’une existence ordinaire. Car le combat est aussi le lieu où l’on sait si l’on a envie de continuer à vivre. […] Le monde civil leur paraissait morne, dénué de vrais enjeux. […] C’est presque un blasphème de l’avouer. » Mais non, C’EST un blasphème.

Il n’est absolument pas dans l’intérêt d’une communauté ayant fait de la sécurité et du refus de la violence physique son postulat de base (à tort ou à raison), autrement dit faisant progressivement le deuil de l’idée que  l’existence physique, que l’expérience physique, auraient un intérêt majeur, de rappeler que la guerre serait un excellent moyen de vérifier son quotient réel de vitalité ; souhaite-t-on réellement que les gens vivent intensément, comme dans les anciens temps ? Car associer guerre, courage, amour, vitalité, c’est vieux comme le monde.

Les Grecs anciens, par exemple, avaient déjà établi le lien entre guerre, courage et amour. On se battait par fierté, pour défendre son identité ; seuls les plus gradés étaient admis en première ligne, alors que les esclaves et métèques n’étaient pas autorisés à s’y battre, contrairement aux guerres actuelles où les plus gradés sont souvent issus des milieux « favorisés » et dirigent à l’arrière, alors que les misérables ou colonisés font parfois office de chair à canon.

L’homosexualité, chez les Grecs, était liée au fait de rivaliser de courage face au danger ; on mourrait et on risquait sa vie par amour pour son amant et pour l’identité grecque ; ce qu’il arrivait de bien ou de mal était imputable aux dieux. L’homme se déchargeait ainsi de la lourde responsabilité de « gérer son destin », tâche à laquelle l’époque moderne se voue aujourd’hui, avec l’insuccès que l’on sait (d’où le retour prochain, probable, aux superstitions les plus incongrues face aux cataclysmes qui s’annoncent et qu’on ne saura pas éviter – migrations gigantesques, maladies, environnement…).

Virilité et bravoure, valeurs incomprises

Qu’est devenue la bravoure, aujourd’hui ? Selon l’article du Monde mag, la bravoure est vue par les civils  comme une sorte de « dépassement de fonction » ; un devoir supérieur, rien de plus. Sebastian Junger explique pourtant que pour les soldats, ce qu’un civil appelle la « bravoure » constitue l’essence même de l’activité militaire, son état naturel. Nous voyons ici le fossé qui sépare les gens de la ville et ceux qui se battent pour les idéaux qui sont pourtant sensés les mouvoir, les émouvoir…

De ce point de vue, l’on pourrait dire que les soldats qui s’engagent en Afghanistan volontairement sont parmi les rebelles les plus actifs et les plus radicaux de l’occidentalisme consumériste, qui veut transformer toute activité en « travail » ou en « loisir », toute relation humaine en « camaraderie », tout courage en « sur-devoir ». Pourquoi ? Parce que l’idéologie consumériste sait très bien que si l’amour est présent, sous sa forme la plus puissante, sur le champ de bataille, il est donc partout sauf chez elle ; voici peut-être pourquoi la société a intérêt à atténuer et immoraliser au maximum tout ce qu’il peut se passer à la guerre.

La guerre ouvre à une « immense liberté »

Sans oublier qu’insister de manière trop lourde sur les conditions de vie difficiles qui prévalent en temps de guerre, c’est omettre que l’homme a des possibilités de transcender les contextes littéralement exceptionnelles ; c’est même là sa principale caractéristique. Lors de la première guerre mondiale, qui « offrait » aux combattants des conditions de vie atroces, il s’est trouvé des individus à la mentalité assez virile et spirituelle pour la relever comme un défi. Le théologien Pierre Teilhard de Chardin, par exemple, dans un texte intitulé la « Nostalgie du front » le formulait ainsi : « L’expérience inoubliable du front, à mon avis, c’est celle d’une immense liberté. » Dans le même esprit, Jean-Paul Sartre estimait que l’on n’avait jamais été aussi libre que sous l’Occupation allemande. Sous-entendu : c’est lorsque le prix de la liberté est le plus cher qu’on peut vraiment vérifier si l’on est un homme libre – on n’est donc libre dans la mesure où l’on prend des risques (à l’aune de cette idée, nous pouvons facilement évaluer la réelle teneur de la « liberté » que l’on prête aux habitants des régions calmes et civilisées comme la nôtre).

Et comment ne pas citer l’écrivain allemand Ernst Jünger dans Le Boqueteau 125 : « Quand je considère dans quel entourage je pourrais me trouver aujourd’hui sans cette guerre, coincé dans une profession au milieu d’arrivistes, dans un corps d’officiers du temps de paix, dans une association, dans un café enfumé au milieu des littérateurs – je pense qu’au bout de six mois j’aurais jeté tout ce bazar aux orties pour partir au Congo ou au Brésil ou dans un endroit quelconque où ces gens-là laissent encore la nature en paix. Ici, la guerre qui d’habitude nous enlève tant, nous apporte quelque chose ; elle nous apprend la communauté virile et remet à leur vraie place des valeurs à moitié oubliées. »

« Être brave, le sentiment le plus beau qui puisse être »

Dans La Guerre comme expérience intérieure, toujours d’Ernst Jünger, livre qui paraît, vu de notre époque, totalement fou à force d’être lucide, l’auteur estime qu’être « brave, autrement dit faire face à tous les coups du destin, c’est le sentiment le plus beau, le plus fier qui puisse être ». Dommage de ne plus entendre ce type de phrases qu’avec un sourire sceptique. Est-on donc absolument sûr que la guerre ne puisse plus être vécue comme une « expérience intérieure » ? Apparemment oui, puisqu’encore une fois, on rappellera à tous bouts de champ qu’elle ne consiste qu’en l’envoi de jeunes exploités dans des buts délirants et inaccessibles.

Justement, écoutons Ernst Jünger sur ce point : « Tous les buts sont passagers, le mouvement seul est éternel, qui ne cesse de susciter des spectacles splendides et impitoyables. S’abîmer dans leur inutilité sublime comme on le fait dans une œuvre d’art ou dans le ciel étoilé, voilà qui n’est accordé qu’à peu d’entre nous. Mais qui dans cette guerre n’éprouva que la négation, que la souffrance propre, et non l’affirmation, le mouvement supérieur, l’aura vécue en esclave. Il l’aura vécue du dehors, et non de l’intérieur. »

Haïr la guerre, c’est craindre la mort

Autrement dit, quand on attaque la guerre sur son « absurdité », c’est comme si l’on ne disait rien, puisque n’est-ce pas la vie qui est absurde en soi ? Notre époque a donc, au fond, un problème dans son rapport avec l’absurde. Pour utiliser le mot de Jünger, elle est « esclave » de l’absurdité de la vie, c’est-à-dire qu’elle est esclave de la peur de la mort ; elle est donc totalement étrangère à l’amour. Il faudrait savoir agir par delà l’absurde, malgré l’absurde, et c’est justement ce que la guerre permet à la puissance mille, si l’on sait l’utiliser. Notre époque, par contre, aimerait vivre ni en dessus ni en deçà de l’absurde, mais aimerait le supprimer purement et simplement ; mais est-ce seulement possible, à la guerre ou ailleurs ?

On considère aujourd’hui qu’un militaire est un salarié comme les autres. La guerre une activité, un métier comme un autre où la sécurité des soldats devrait être mieux assurée, et où l’on ne devrait pas mourir ; c’est-à-dire qu’on essaie actuellement de retirer ses spécificités à l’activité guerrière, au soldat, tout comme on retire la spécificité, au fond, de l’ensemble des métiers et des personnalités qui s’égalisent dans un sorte de com’ générale, un concert de louanges et d’indignations vertueuses, de lieux communs admirablement violonnés dont la guerre est l’une des premières pourvoyeuses.

Les soldats, certainement pas des « gens courageux » pour les médias

On se souvient de l’embuscade de la vallée d’Uzbin, en août 2008, qui avait causé la mort de dix soldats Français. Il avait été immédiatement question des erreurs de l’armée, et certaines familles ont porté plainte contre elle. Ces problèmes devraient pourtant rester une question strictement militaire, dans la mesure où il n’est dans l’intérêt d’aucun commandant de gaspiller la vie de ses soldats. Pourtant, on voit ici que même l’armée est en voie de pénalisation, même l’armée, lieu de la guerre, est en passe d’être vampirisée par le fantasme de réduire enfin l’absurdité de la vie – ce qui n’est possible qu’en la supprimant, bien entendu.

Après la mort terrible de ces dix jeunes soldats, pourquoi n’a-t-on pas, d’abord, insisté sur leur courage et leur volontarisme ? Pourquoi en avoir fait, immédiatement, d’abord, des pauvres jeunes perdus qui avaient choisi l’armée comme exutoire ? Pourquoi ne pas avoir rappelé qu’une poignée d’entre eux a réussi à se défendre valeureusement, vigoureusement, alors qu’ils étaient pris dans une embuscade où la plupart des citadins se seraient évanouis dans la minute ? Pourquoi ne pas mettre en valeur le comportement de certains d’entre eux, dont celui qui s’est sacrifié pour protéger son chef (Alexis Taani) ? Quels Français oseraient prétendre qu’ils ont agit plus brillamment, plus courageusement qu’eux ces dernières années ? Et à côté de ça, il suffit de voir n’importe quelle liste de distribution de la Légion d’honneur, ou la liste des invités et interviewés du talk-show du moment pour constater que la plupart d’entre nous passent leur temps à s’intéresser à des opportunistes, des imposteurs, ceux dont parle Ernst Jünger, des arrivistes, des littérateurs (est-il besoin de donner des noms ?). La guerre, elle, ne permet pas l’imposture de ce type ; la société du spectacle la déteste donc.

Stendhal écrivait dans ses Mémoires sur Napoléon : « Dans ce siècle d’universelle hypocrisie, les vertus militaires sont les seules qui ne puissent être remplacées avec avantage par l’hypocrisie. » Toutes ressemblances avec des circonstances actuelles est bien sûr fortuite.

A la guerre, chacun protège la vie des autres, c’est « non-négociable »

Au champ de bataille comme au travail, nous sommes donc tous ravalés au statut de victimes innocentes. Est-ce un progrès on bien un immense manque de respect, un scepticisme premier à l’encontre de notre capacité à positiver, à dépasser les évènements, à rester « debout dans les rages et les ennuis » (Rimbaud) par notre force de caractère, à digérer et donner un sens à des situations dans lesquelles l’absurdité est poussée à son comble ?

C’est pourtant ce qu’a observé de près Sebastian Junger en Afghanistan : la capacité des soldats à trouver dans l’activité guerrière autre chose qu’une simple bataille pour un idéal, ou une hypothétique « victoire ». Ils y trouvent plutôt une possibilité nouvelle de s’entraider, de vivre ensemble et mourir ensemble, de vérifier que l’on est en vie et d’éprouver des émotions puissantes. « L’armée peut vous rouler, votre girlfriend vous plaquer et l’ennemi vous tuer, mais l’engagement qui veut que chacun protège la vie des autres n’est pas négociable. Même les religions ne parviennent pas à inspirer un tel amour. C’est ce qui pousse à se surpasser, bien plus que l’instinct de conservation ou un quelconque idéalisme », observe Sebastian Junger. Autrement dit, les soldats semblent ne s’intéresser nullement à ce à quoi le sens commun estime qu’ils devraient s’intéresser.

La guerre, matière première de la poésie

Cette posture est totalement artistique, poétique, et c’est en quoi elle énerve notre époque obsédée par l’utilitarisme anti-poétique, le résultat vérifiable, l’exploitation de la vie humaine au profit du gros animal social « pour le bien de tous » et rien d’autre. Peut-être que la guerre, loin d’être le meilleur moyen pour un État de posséder la vie des gens, reste et restera paradoxalement le refuge ultime de la liberté individuelle, à mesure que les conditions d’existence en pays « apaisé » seront fliquées.

Ce qu’un État peut faire pour éviter qu’un corps s’extirpe de son escarcelle, c’est faire croire aux gens qu’ils resteront prisonnier de leur statut social ; qu’ils seront salariés soumis et rien d’autres, qu’ils seront soldats soumis et rien d’autres, qu’ils seront innocents impuissants et rien d’autre. Seule la virilité, valeur tristement tombée en désuétude, moquée, caricaturée, peut contrecarrer l’irrésolution générale. Mais la masculinité crédible constitue l’un des grands ennemis de l’époque, qui aime particulièrement tout ce qui lui est inverse, c’est-à-dire la flexibilité, la capacité d’adaptation, le compromis, le refus de l’exagération créatrice, le refus de la confiance démesurée en soi.

A ne plus du tout nous occuper des affaires de guerre humaine, nous nous dirigeons rapidement et sûrement vers une robotisation des faits guerriers (comme le rappelle un article du Monde daté du 12/11/2011). C’est-à-dire que nous allons, de plus en plus, perdre de vue la dimension humaine d’un conflit, en confiant la plupart des taches à des robots qui gagneront peu à peu en intelligence artificielle, et pourront prendre des décisions extrêmement rapides, en court-circuitant la chaîne du commandement humain. Mais bon, ne réfléchissons pas à tout ça, c’est bien trop compliqué, dérangeant, décourageant, non, laissez-nous faire la fête et oublier, continuons à nous bercer de moraline et de faiblesse, continuons à pleurnicher sur le sort de tout un chacun, faisons tout pour, d’ici quelques dizaines d’années, payer le tout au prix fort. L’humanité d’hier était folle avec ses guerres humaines, oui, mais la nôtre a de solides arguments à faire valoir.

Crédit photo : The U.S. Army / Flickr

D’autres points de vue sur Retour d’actu, dont un article sur la haine du Dieu de la guerre, Napoléon, et cet autre sur l’absence de sens tragique à notre époque.

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26 Responses to La guerre, une histoire d’amour

  1. Bercilak de Hautdesert says:

    Dans le fond et sur l’argumentaire, je suis d’accord.

    Dans la forme et la présentation, mon cher Calafol, je deviens un peu inquiet (c’est de notre ère, non ?) vis-à-vis des propos que vous défendez.

    Je m’explique, il y a un petit côté « garçon qui criait au loup » dans tout ça, je me souviens encore l’apologue sur la tauromachie, ou la défense de Céline. Je suis le premier à penser que simplifier les choses jusque dans leur basique appareil n’est pas une bonne chose, mais j’ai peur que parfois, présenter volontairement les choses à contre-courant ne puisse lasser les lecteurs et être moins attractif qu’escompté.

    D’aucuns voudront avoir des titres choc pour faire du chiffre et être lus par leurs fidèles (et moins fidèles). Ici, je retrouve avec plaisir des points de vue différents, mais j’ai parfois l’impression que ces points de vue sont présentés sous l’angle « soyons différents juste pour qu’on nous lise », ce qui n’est absolument pas ce qu’on découvre en lisant.

    Pour faire simple, c’est l’accroche et la présentation que je trouve parfois trop orientée, alors que là où le lecteur un peu consciencieux s’attache à lire et comprendre l’article, il découvre qu’il n’en est rien et que la cause a un fond autre que l’accroche tapageuse.

    De même, je ne sais pas à qui s’adresse cet article, mais il me semble qu’il se veut grand public, mais je pense _ et je me considère comme un lecteur averti et qui sait s’accrocher aux textes difficiles _ que les phrases à rallonge (quatre lignes !) et les juxtapositions d’adjectifs, de verbes, et j’en passe, ne contribuent pas à faciliter la compréhension du quidam moyen qui débarque sur l’article. On a une impression d’élitisme quelque peu déconcertante à certains moments dans vos articles. J’apprécie qu’on puisse manier la langue française de cette manière, mais je suppose qu’en conséquence de ce vocabulaire recherché, l’article démontre plus qu’il ne convainc : or, c’est quand même le but, de convaincre, non ? Ici, on trouve énormément de propos clairement argumentés, et en lisant, on se dit « oui, c’est sûr », mais on ne sent pas qu’on « partage » quelque chose avec l’auteur, j’ai pour ma part l’impression de me faire « asséner » des arguments, tout justifiés et mis en valeur qu’ils sont, et ça ne m’encourage pas toujours à poursuivre…

    • Merci pour ce commentaire intéressant, et merci beaucoup de lire avec attention nos papiers. On a toujours du mal à s’imaginer l’impression que l’on donne aux lecteurs, et a priori les impressions que vous évoquez, cher Bercilak, ne correspondent pas à ce que je souhaiterais transmettre – je dois donc mal faire d’une manière ou d’une autre.

      Je vais quand même essayer de vous répondre point par point :

      – Je ne crois pas prendre systématiquement le contre-pied du sens commun : Céline est quand même très défendu, la chirurgie esthétique assez attaquée, Napoléon a énormément d’admirateurs, etc. (références à d’ancien papier). Sans compter les papiers que Ruddy V et moi faisons sur les Sarko, MAM, Hortefeux, etc., nous avons d’ailleurs réussi à faire virer MAM puisque c’est bien évidemment après avoir lu Retour d’actu que Sarkette s’est décidé. Je vais citer Nietzsche avec le pédantisme qui m’est propre : être la mauvaise conscience de son temps, et n’attaquer que les causes triomphantes. En l’occurrence, le fait d’être « anti-guerre » est devenu la seule position acceptable que l’on puisse tenir sur la question. Je trouvais intéressant de mettre en avant un papier du Monde mag qui dit autre chose, et faire le parallèle avec plusieurs de mes lectures. Ca ne va pas plus loin, ou du moins ça ne voudrait pas aller plus loin. mais peut-être que mon naturel me pousse parfois à un moralisme qui pourtant, m’est désagréable.

      – Concernant les arguments « assénés » : si j’ai parfois l’air d’être sûr de moi, c’est tout simplement parce que j’estime rapporter surtout des propos et des idées de personnes qui font beaucoup plus autorité que moi (d’où mon recours aux citations), et parce que la plupart de ces idées sont vieilles comme le monde ; j’essaie simplement de les reformuler plus ou moins habilement pour qu’elles soient, peut-être, un peu plus lisibles, rapides à comprendre. Si je puis dire, je me permets parfois d’affirmer dans la mesure où je me sens encouragé par ce que je lis. Vous me dites par ailleurs que j’argumente bien : c’est déjà un beau compliment, et c’est déjà ça !

      – Le titre aguicheur : c’est sûrement un défaut du journalisme que de vouloir attraper l’attention ; mais je vous trouve sévère sur ce papier-ci, puisque le mot « amour » est prononcé par un type qui a passé un an sur place, je ne trouve donc pas aberrant de titrer ainsi. Et puis, il faut rappeler qu’une toute petite partie des bipèdes aime vraiment lire. Et effectivement, pour en attirer le maximum, on peut préférer chercher à éveiller l’attention… Je vous trouve également dur de dire que le titre ne reflète pas le thème du papier : je ne suis pas d’accord. Il y a un lien « guerre – amour – liberté », que j’essaie de déployer tout du long.

      – Rassurez-vous, nous ne cherchons pas en premier lieu à faire du chiffre ; et nos moyens d’asséner des points de vue sont nuls à côté de l’extraordinaire machine à bienpensance que sont les « médias » (les Français passent en moyenne 3h30 devant la télé par jour, ça veut tout dire). Quelque part, vu les papiers parfois long comme vous dites, et peut-être pas assez clairs ou directs, nous serions un peu ridicules si nous espérions être très cliqués. Mais nous avons dans les cartons un projet d’article sur les effets pervers de la pratique qui consisterait à s’adapter à mort à ce qu’attend son lecteur-lambda, le « quidam moyen » comme vous dites, en terme de forme. Ca tombe bien, ce sera l’occasion de vous répondre de manière détournée.

      De manière générale, merci de donner vos observations qui resteront dans un coin de ma tête.

      • Bercilak de Hautdesert says:

        Je ne peux bien évidement que saluer le rôle critique de Retour d’Actu dans l’évolution du gouvernement.

        A partir de là, je suis moi-même chagriné qu’on en arrive à penser qu' »anti-guerre » est la seule position tenable : les gens sont devenus tellement « fatigués » qu’ils se raccrochent à la plus simple idée à l’apparence louable, bonne ou politiquement correcte. Le fait de s’abandonner à ne plus réfléchir, c’est ça qui est condamnable, certes, et du coup, je m’attriste qu’on doive en arriver à présenter les choses comme « la guerre, c’est pas que mal » pour forcer les gens à réfléchir.

        Le deuxième point qui est susceptible de m’attrister dans tout ça, c’est que c’est probablement uniquement ceux qui ne s’abandonnent pas à cela qui vont lire, lire entre les lignes, et comprendre ce que l’auteur de cet article a voulu défendre et mettre en avant. Autrement dit, Ernst Calafol ne va quasiment prêcher que des convertis. Les non-lecteurs, ou ceux qui ne verront en cet article qu’une propagande de droite à gros canons, ne se remettront pas en tête l’idée que peut-être il peut y avoir quelque chose derrière cette présentation des choses sous l’angle « défendu ».

        Donc oui, on peut se poser la question : faut-il donner au peuple ce qu’il veut ? Panem et circenses, tout ça…Au risque dans le cas contraire de se faire remettre à notre place par les brontosaures grabataires bien-pensants qui estiment que « ce n’est pas à nous de nous mêler de ça », ou qu' »on a mieux à faire de notre vie », « pour notre bien », bien entendu.

        Je dois avouer que le fil de mes pensées est assez décousu ce soir, je n’ai pas l’impression de chercher à en arriver quelque part, simplement à faire quelques observations basées sur mon ressenti de la chose, et partagé par d’autres, si j’en crois les échanges qu’il y a ici bas…

    • Et puis si nous prenions systématiquement le parti opposé à celui de l’opinion publique, nous aurions encensé Domenech. Admettez que nous ne sommes pas allés jusque là… 😉

      • Bercilak de Hautdesert says:

        Comme c’est petit ! L’anti-argument par excellence, tomber dans l’extrême pour démonter les autres…:)

        Attention, M. Calafol, on frise le point Godwin, là…

      • Bercilak de Hautdesert says:

        Malgré tout, de manière globale, il me semble qu’il était bien naturel que M. Calafol (je peux vous appeler Ernst, Ernst ? :)) défende son bout de gras (avec tout le respect qui est associé à ce bout de gras, bien entendu) face à mes véhémentes critiques, mais je pense que moi non plus je n’ai peut-être pas été très clair, vu qu’on en arrive à échanger ou se défendre sur des choses qui n’ont pas été attaquées…Ou plutôt, mal attaquées…

        Par exemple, en ce qui concerne la pertinence du titre, je ne voulais pas que mon humble lecteur, en l’occurrence, vous, M. Calafol, croie que je « m’abaisse » (ça n’a rien d’indigne) à critiquer la forme du titre juste parce qu’il « n’est pas beau ». C’est plutôt le titre en tant que symptôme d’autre chose que je critiquais virulemment (barbarisme quand tu nous tiens…).

        Je suis par ailleurs parfaitement conscient que le but ici n’est pas de faire du chiffre, c’est d’ailleurs pourquoi je suis les articles avec intérêt, sachant qu’ils ne seront emmenés par aucun intérêt non informatif…

        Si j’ai pu dire que le titre ne reflétait pas le papier, ou le laisser penser dans ma manière de dire les choses, j’en suis désolé, ce n’était pas ce que je voulais dire…

  2. Certes, la guerre n’a pas que des mauvais côtés, quand je vois ce qui se passe en Libye je suis plus qu’admiratif du courage de ses hommes, c’est une belle guerre. Mais je les admire, et c’est sûrement ce qui fait leur force, parce qu’ils savent pourquoi ils se battent. Ils n’ont pas besoin que tel ou tel petit-chef ne leur montre la voie. En est-il de même pour ceux envoyés en Irak ou en Afghanistan ? Ils ont une envie d’adrénaline, une passion pour la patrie, un besoin d’appartenance à une fraternité, une haine viscérale envers les arabes ou que sais-je encore. Les motivations sont multiples, mais elles ne sont pas glorieuses.

    Il est fort possible (et compréhensibles) que certains puissent y vivre des expériences et des sensations exceptionnelles, au point que cela leur manque, mais est-ce là l’alternative unique à l’ennui et la fadeur de nos existences. J’ose espérer que non.
    Tu vois la guerre comme le seul échappatoire glorifiant à nos vies insipides. Ne soit pas si manichéen, il n’y a pas que l’armée et la société civile. Des hommes braves et courageux affrontant leur destin face à des consommateurs dénués de virilité, de vie et d’amour, nageant dans l’oisiveté en attendant la mort. Il y a bien des personnes qui se battent avec courage au quotidien sur des fronts certes moins sanglants mais tout aussi honorables (des militants, les travailleurs sociaux, des humanitaires, des journalistes -!- …). Je comprends bien ton idée mais je te trouve extrême. Lire ton article est culpabilisant, presque moralisateur, comme le faisait remarquer Bercilak. « Qu’attendez-vous pour vous engager bandes de larves », sembles-tu dire.

    Ensuite, tu t’indignes presque du fait que l’armée cherche à limiter le nombre de soldats tombés au combat ! Mais comme tu le dis, nous parlons d’une armée professionnelle régie par des intérêts politiques et … économiques. Il est donc bien normal que le service RH de l’armée ne veuille pas voir ses employés mourir. Recruter coûte cher et les morts au travail n’attirent pas les nouveaux candidats. Je ne pense pas qu’aujourd’hui les soldats vivent l’expérience hautement humaniste et passionante décrite par les auteurs cités. Beaucoup se battent pour un salaire, pas pour l’intérêt supérieur de la nation, la sécurité de leur famille ou leur liberté. Si la guerre servait encore ce dessein, peut-être que mourir au combat paraîtrait moins absurde et insignifiant.

    Et le pire de tout, je crois, c’est de voir dans la guerre une espèce de recherche du bonheur, un état ultime, un paradis terrestre, une activité réservée aux seuls braves. Mais merde, la guerre est un moyen pas une fin. La vie est peut-être une guerre mais ce n’est pas La guerre. Patrouiller sous 50°c, ne voir aucun insurgé pendant 10 jours, puis se faire aligner par un sniper sans pouvoir riposter crée surement un lien puissant entre les frères d’armes mais ne constitue en rien objectif de vie.

    On insiste sûrement trop sur le côté horrible de la guerre en en oubliant ses nobles aspects, je te l’accorde. Mais il y a sûrement une raison à ça. Des monuments aux morts élevés pour saluer le courage des soldats jalonnent le territoire. Eux étaient respectés, leur mort n’avait rien d’absurde. Il n’en est pas de même pour ceux qui tomberont sous les couleurs de l’OTAN ou des forces alliées dans des contrées lointaines. Pourquoi ? Peut-être parce que la guerre, ce n’est plus ce que c’était !!

  3. Au-delà de nos avis divergeant, le papier est bon, bourré de références. Son intérêt réside surtout dans le fait qu’il pousse à réfléchir, ce qui n’est pas commun de nos jours !

    • Merci à toi aussi pour le commentaire intéressé et intéressant.

      Avant de répondre, une mise au point : si je suis « manichéen », on peut d’ores et déjà envoyer à la maternelle ou à l’hôpital psychiatrique 90 % de la population, et ce dès demain.

      Ceci étant dit :

      – En Afghanistan, et ce n’est pas moi qui le dit, oui, les soldats semblent se moquer éperdument du « but final » de la guerre, c’est ce que j’ai trouvé intéressant ; et concernant la Libye, je crois que c’est quand même un autre type de conflit durement comparable ; c’est une révolte qui repose sur des demandes plus communes, plus compréhensives, comme un minimum de liberté d’expression, le sentiment d’être violé par des dictateurs minables, ou le prix du pain qui a augmenté. En Afghanistan, tout l’intérêt est que les objectifs sont beaucoup plus obscurs, et pourtant des types s’engagent.

      Ce qui est intéressant c’est de constater que justement, même dans un contexte où il n’y a apparemment aucun objectif de rendre immédiatement le monde meilleur ou d’avoir des droits, des gens arrivent tout de même à tirer du « positif » de la guerre. Et je te trouve dur avec eux quand tu dis que les soldats n’ont pas d’envie glorieuse. Que la politique des Etats-Unis ne soit pas glorieuse, surtout en Irak, c’est sûr. Mais la gloire, le courage, ce sont des données individuelles, détachées de l’enjeu politique ou autre ; c’est là que le mot « guerre » change de sens. Ernst Jünger, qui fût grand guerrier et écrivain, n’a pas de jouissance particulière à voir des types mourir, et reconnaît volontiers que la guerre peut-être vue comme une catastrophe. Mais il trouve la guerre intéressante, vivifiante, bouleversante en tant qu’épreuve à passer, à dépasser, à accepter malgré toute son horreur. C’est un point de vue totalement pragmatique, lucide, amoral, et irresponsable, dans le sens où ce n’est pas la faute d’un soldat s’il y a des guerres, mais de la nature humaine et peut-être même de la nature tout court.

      – Ensuite, quand tu me fait dire que la guerre est le seul échappatoire : je n’ai jamais dit ni écrit ça ! J’ai dit qu’on pouvait voir, d’une certaine manière, les engagés volontaires comme les rebelles les plus radicaux au bien-être consumériste, très individualiste, alors qu’au fond, les occidentaux se battent surtout pour pouvoir continuer de faire la fête tranquillement et de s’acheter des parfums, etc. – je caricature un peu. Mais ce n’est pas pour ça qu’il n’existerait rien d’autre à faire de sa vie. Mais je n’ai pas dis que la paix était un raté en soi, et la guerre une réussite. Je rappelle juste que ce qu’on appelle la « paix démocratique » est aussi un moment de l’histoire qui a des traits misérables et catastrophiques, et qu’à l’inverse on peut trouver dans la guerre, parfois, plus de vitalité et de confiance en la vie que dans les contrées apaisées ou s’installe le défaitisme. S’il ressort de mon papier que je défends radicalement la guerre militaire contre la paix, ou des civils incapables contre des guerriers qui ont tout compris, j’ai raté quelque chose, c’est sûr…

      – Tu dis qu’il existe d’autres manières de résister, je suis donc bien d’accord. Mais franchement, autour de toi, dans notre paix où les gens auraient effectivement tous les moyens pour se battre, prendre du recul, juger, se renseigner, s’organiser, se « cultiver » comme on dit : ne trouves-tu pas qu’un bon 70 – 80 % des gens se laissent totalement aller ? Où sont-ils, tes résistants en temps de paix ? Par exemple, le petit travail que nous faisons sur ce blog, nos articles ; certains vont penser que c’est déjà beaucoup, alors que j’estime que c’est le minimum qu’on devrait attendre d’un citoyen de pays démocratique, de s’intéresser de près à ce qui se passe autour de lui parce qu’aucun dictateur grabataire ne vient le tabasser quand il donne son avis. Mais qui, aujourd’hui, a des avis construits ? Argumentés, intéressants ? Pas grand monde. On « s’indigne » beaucoup, mais on ne fait que ça, on se plaint, on se morfond. Et ce sont ces mêmes gens qui, la plupart du temps, vont défendre la paix et attaquer la guerre. Eh bien j’aime leur rappeler, ou en tout cas le dire quelque part, que la question guerre / paix est plus subtile.

      – Sur l’évolution de la guerre, c’est sûr, tu as raison, la place laissée à la « gloire », au « courage individuel » a diminué avec la modernité ; mais j’en parle dans le papier, par exemple en rappelant que c’était l’inverse chez les Grecs. Je pense qu’on en veut, aujourd’hui, sincèrement, aux gens qui ont un comportement héroïque. On encourage l’héroïsme tant que c’est un modeste « héroïsme du quotidien », ce qui aurait fait pleurer de rire tous les gens valeureux de n’importe quelle autre époque que la nôtre. Le héros fait tache, il dérange, il dépasse. C’est un ressenti que j’ai, voilà tout, que j’observe par exemple dans l’étrange mépris qu’on a pour Napoléon ou le refus d’admettre qu’un soldat peut-être héroïque parce qu’il a envie de vivre une expérience à part, et pas seulement parce qu’il est manipulé par ses chefs. Je me répète, mais je sens un mépris pour l’initiative individuelle, la force de caractère ; on est très sceptique, et cela est prouvé par l’espèce d’incroyable puissance que l’on confère à l’Etat, qui aujourd’hui, doit consoler les victimes et faire une nouvelle loi dès qu’il y a un chien écrasé, et accompagner les familles dans le « travail de deuil », etc., comme si nous n’en étions pas capables, comme si nous étions incapable de faire face à… la vie !
      Cela confirme, s’il en était encore besoin, le peu, le très peu de confiance que l’on confère à notre force de caractère. Eh bien pour moi, comme le dit Stendhal dans la citation que j’ai mise, au moins, sur le champ de bataille, il n’y a pas de chichis, plus de parlotte, plus de plainte : c’est quitte ou double, c’est à la fois terrible et admirable. Et sur le fait que le peuple français soit absolument ramolli, et qu’il manque partout de virilité, c’est aussi un ressenti ; ça me paraît frappant, flagrant, mais peut-être me trompé-je ? Peut-être, je suis prêt à changer d’avis.

      – Et puis, tu dis que la guerre est un moyen, pas une fin ; j’ai envie de dire, va l’expliquer à Sebastian Junger qui a suivi les « boys » pendant un an et qui semble dire le contraire. C’est-à-dire qu’ils se foutent globalement des objectifs finaux, mais ont envie de se battre. Je trouve étrange qu’on ne veuille absolument pas laisser une seule chance à un gars de formuler l’idée qu’il ait envie de se battre.

      • Bercilak de Hautdesert says:

        En soi, c’est admirable de constater qu’on arrive à critiquer et « contre-critiquer », si j’ose dire, tout en étant d’accord dans le fond sur les choses…Par exemple, parler des 70-80% qui se laissent aller, je suis on ne peut plus d’accord, et je m’insurge…

        En ce qui concerne le propos « manichéen », je pense que nous tous qui lisons cet article et ses critiques, et les rédigeons, de surcroît, lisons entre les lignes…Personnellement, cet article ne me « dérangeait » pas, au sens où je voyais bien à quoi servaient les arguments et où voulait en venir M. Calafol :). Je me dis juste que ce n’est peut-être pas assez « grand public », et c’était d’ailleurs le propos que je défendais dans ma critique : ceux qui comprennent l’article le comprennent (et j’estime quand même que j’en suis), mais les autres qui le lisent et ne le comprennent pas risquent de se méprendre…D’ailleurs, encore une fois, c’est fou comme le monde est petit, cette histoire de « grand public » revient tellement à faire la part des choses pour savoir s’il faut donner au public ce qu’il veut ou lui rentrer dedans…Et c’est des questions qui se posent dans tous les domaines (je n’aborde même pas le côté commercial de la chose, qui est pourtant d’essence en la matière…).

        Là où j’approuve énormément le contenu de l’article, c’est le fait d’arriver à promouvoir un point de vue individuel, contrairement à la globalité qui voudrait réduire ça à « ces pauvres soldats n’ont pas le choix, mais il font leur travail de fonctionnaire ». Alors que le soldat en question peut très bien avoir un autre but que celui défini par l’opinion bien pensante publique…

        Et c’est aussi là que l’idée d’opposition ou association de fin et de moyens, peut-être, gagnerait à être remaniée, selon moi. Encore une fois, comme dans tous les domaines, fin et moyens doivent être associés. Mais là aussi, j’apprécie qu’on définisse un avis individuel. Je m’égare, je m’égare, donc pour faire simple, je veux simplement dire que ce qu’on demande au soldat en tant que moyen (ressources humaines à utiliser sur le terrain), il va le faire par but (rôle de sa vie et de sa carrière) ; d’où l’idée d’associer le but et le moyen : le soldat est un moyen d’arriver à quelque chose pour ses supérieurs, mais à son niveau, c’est un but et non un moyen qui prime. Je ne pense pas qu’on puisse définir une chose comme un moyen ou un but sans définir pour qui il s’agit de l’un ou de l’autre.

        En ce qui concerne l’indignation, la plainte…Comme je le disais, je suis entièrement d’accord, là où j’ai un souci et un échec, c’est dans la possibilité de définir autre chose que la grogne et la plainte : même nous, augustes rédacteurs de nos billets incendiaires en réponse à un non moins auguste pamphlet volubile sur la nécessité absolue d’une bonne guerre pour rendre heureux (je plaisante), nous, donc, ne sommes-nous pas en train de simplement nous insurger, sans trouver comment faire plus ? En soi, se dire qu’on a son avis propre, c’est déjà une bonne chose, mais comme le répond très justement M. Calafol, ce n’est qu’une base, en aucun cas l’apanage d’un mode de pensée.

        En fait, ce que je reprocherais à ce coup de gueule/article, ce n’est pas tellement de mettre en avant les avantages de la guerre, mais plutôt de mettre les choses en opposition : à travers tout ce qui est dit, répondu et argumenté, je perçois clairement une grosse subtilité dans la pensée, et du coup, cette opposition totale et volontaire comme manière de mettre en avant l’argumentaire me laisse peut-être un peu pantois, car c’est également oublier qu’il y a les autres, les soldats qui eux, n’ont rien d’héroïque, ou ne veulent rien d’héroïque, et ne sont pas mieux lotis en termes de sens de la vie que leurs homologues pantouflards civils engoncés dans l’armure de la bienséance. Quand je repense à Black Hawk Down, avec l’image navrante du nouveau qui débarque en voulant en tuer un maximum, tout ça pour se faire dézinguer à la première sortie, je me dis que tous les soldats ne sont pas d’héroïques héros…

        Et quid des anonymes, de tous ceux que les héroïques (décidément !) Grognards de Napoléon ont mis sur la touche ? Je veux dire par là, même du temps de la Grande Armée, période où c’était quand même vachement plus héroïque de se mettre sur la gueule en bonne et due forme, il y avait des pantouflards, non ? Et même parmi les Grognards, de ce temps là grenadiers, je suppose que tous n’étaient pas prompts à enlever l’oriflamme autrichien du pont d’Arcole pour la simple chaleur grandiose que ça pourrait provoquer dans leurs tripes, si ?

        Il me semble qu’en fait, encore une fois, c’est pas forcément la question du noir/blanc qui prime, mais plutôt le sens des proportions : avec l’avènement de la professionnalisation des armées (françaises, ou autres…), la proportion de gars à finir par être héroïques est réduite mécaniquement, mais aussi de fait de l’évolution des structures : on est moins prompt à être le kaki stupide et héroïque qui va se lancer à l’assaut à l’aveuglette, maintenant qu’on peut attendre le repérage satellite…

        Du coup, vu qu’il y a moins de soldats, et que ces soldats ont moins à être héroïques, la proportion de pantouflards non héroïques augmente elle aussi…La question, dans le fond, ne revient au fond pas à dire : « est-ce que la guerre a des avantages ? », mais plutôt « comment a-t-on pu remplacer les avantages de la guerre par toutes ces bêtises pantouflardes ? »

        Ou peut-être l’éternelle question : où sont passés nos héros ? Mais M. Calafol pose la question bien mieux que moi, qui m’embrouille dans mes idées…

  4. Ruddy V says:

    Bonjour,

    je ne reviendrai pas sur l’article ni sur les réactions. N’étant pas l’auteur de cet article (que je cautionne et soutiens par ailleurs), il me semble normal de laisser à Ernst le soin de vous répondre sur le fond.

    Néanmoins, je tiens très sincèrement à vous remercier d’avoir pris le temps de rédiger vos remarques sur ce blog. Comme vous le voyez, même si nous défendons âprement nos positions, nous ne sommes pas butés pour autant et restons ouverts à la critique !

  5. coliascroceas says:

    « les occidentaux se battent surtout pour pouvoir continuer de faire la fête tranquillement et de s’acheter des parfums, etc. »
    cette phrase, j’aurais envie de la prendre au pied de la lettre…l’oligarchie mondiale s’entend à orchestrer la guerre, car l’économie ultra-libérale est, de fait, une économie de guerre…et à sciences po, ils ont des cours pour leur expliquer cela…que sans guerre: pas de croissance! alors, évidemment, c ‘est cynique d’essayer de le voiler derrière des discours pseudo pacifistes. Mieux vaudrait l’assumer, ça laisserait de la place pour penser la guerre avec plus de lucidité, et tenter d’envisager les aspects vivifiants qu’elle recèle…effectivement
    il serait alors question de la guerre comme « leçon » de vie, d’après ce que j’ai suivi… mais si on envisage tout ça à l’echelle personnelle, pourquoi la vie quotidienne ne serait-elle pas assez dramatique -et bien au-delà/en deça.. bref, en ce qu’elle échappe au champ du policé, de la société sécuritaire, destinée à être si « douillette », de son ordre: de l’ordinaire- pour nous donner un sens criant de l’absurde et de l’envie de vivre….? « rester debout dans les rages et les ennuis » (merci pour cette si belle citation) , tel est bien le défi de nos guerres intimes parfois si violentes?? et nous voilà donc tous héros de notre quotidien!! comme tu aimes si peu qu’on le dise. tous soldats de notre vie, avec pour arme notre vitalité si souvent malmenée. guerre qui nous ouvre aussi avec vertige à notre liberté. je verrais le champ de bataille comme une scénographie de nos vies intérieures…mais où sont les champs de batailles dans les guerres d’aujourd’hui où le front ne se distingue plus de l’arrière. si le discours sur la guerre a changé, c’est qu’elle même n’est peut-être qu’une guerre sans combat. il nous reste quand meme comme seule(?) véritable guerre, et pas seulement pour les nostalgiques, le large champ de l’intime. mais alors pour seul guide, pour seul héros, non pas un contemporain militaire mais, l’absence vertigineuse de tout modèle. un corps à investir. l’absence d’un modèle à forger soi même et à investir soi-même. disons aussi qu’on a champ libre. pour ce retour des combats sur le mode du corps à corps. Certes, sans figure tutélaire, le défi est donc bien plus grand à relever que pour les anciens…
    bref, j’ai été bien plus longue que prévu!

    • Merci pour ce commentaire très intéressant.

      – Cette phrase, sur la fête, est sûrement inspirée de ma lecture actuelle de Philippe Muray, qui a inventé comme vous le savez peut-être le concept de Festivus Festivus, l’homme d’aujourd’hui qui « festivise qu’il festivise » (tout comme Sapiens Sapiens « sait qu’il sait »).On peut craindre que Muray n’ait que trop raison, et c’est pourquoi je me suis permis de faire ce petit raccourci. La guerre en Irak, d’ailleurs, si elle avait des raisons, elles étaient sûrement économiques. Votre exemple concernant Sciences Po est instructif à ce titre.

      – Concernant le fait de faire sa guerre, sa guerre intime, je vous suis tout à fait. C’est ce que l’ignoble Louis-Ferdinand Céline appelle la « guerre, la vraie de vraie » dans « Voyage au bout de la nuit » ; Rimbaud avait aussi écrit que « le combat spirituel est aussi brutal que la bataille d’hommes ». Ce sont, je crois, les personnes qui arrivent toujours à vivre dramatiquement leur existence, comme vous dites, même dans nos climats tempérés, où on les en empêche au maximum, qui peuvent s’en tirer, même sans guerre au sens ancien du termes. Mais alors ils ne sont pas seulement héros du quotidien, puisque vivre dramatiquement c’est songer à la mort, la maladie, la vieillesse, s’y confronter. Et cela ne sont pas des problématiques quotidiennes ; comme vous l’avez dit aussi, elles extraient du champ social. Mais j’ai l’impression que nous sommes d’accord sur le fond, peu importent les dénominations.

      – « je verrais le champ de bataille comme une scénographie de nos vies intérieures » : je crois qu’on pourrait trouver un extrait de Jünger qui dirait la même chose.

      – « Certes, sans figure tutélaire, le défi est donc bien plus grand à relever que pour les anciens… » : remarque très subtile ! C’est une idée qui me tourne dans la tête depuis quelques mois : vu les conditions actuelles, en termes de pression imprimée par la connerie, réussir à y résister et à penser autrement, et même à penser tout court, c’est peut-être faire preuve d’autant de caractère qu’un militaire de jadis restant debout sous la mitraille… Ça se défend…

  6. John Rambo says:

    J’entends parler de « guerre sans combat » qui se déroulerait dans « le large champ de l’intime » dont nous serions les « héros du quotidien ». La description est assez juste, elle correspond très bien à notre époque, mais je ne crois pas que l’on puisse en faire un défi à relever.
    C’est bien au contraire notre réalité appauvrie -apanage de notre modernité- qui crée les souffrances stériles « de nos guerres intimes parfois si violentes ». L’angoisse et l’anxiété sont une peur sans objet générées avant tout par l’inaction. Je rappelle que 30% des français ont déjà gouté aux anxiolytiques tandis que 10% des femmes sont battues, ou plutôt se laisse battre pour se punir d’une culpabilité qu’elles ne savent pas appréhender. Passons sur les suicides, première cause de mortalité chez les jeunes, et des ravages de la drogue.
    Tout cela pour dire que la violence qui s’exprimait autrefois dans la guerre, et qui forgeait l’instinct de vie, s’écoule à présent dans un gigantesque mouvement d’autodestruction dont l’homme ne retire que la dégradation pure et simple de sa vitalité.
    Le défi est donc bien plus grand à relever que pour les anciens? Je dirais plutôt que là où les anciens relevait un défi, ou plus précisément s’en inventait un, nous ne faisons rien, nous ruminons nos forces contre nous-mêmes. Nous leurs sommes simplement inférieurs. Toutefois, ces même anciens ont semés les graines de notre situation actuelle, et peut-être sommes nous seulement à un stade plus avancé de la maladie, et donc d’une rémission plus proche encore pour peu que l’on survive?

    • Bercilak de Hautdesert says:

      La difficulté de tout ça, c’est que c’est essentiellement une question de point de vue. En ce qui concerne les « buts dans la vie », par exemple, les extrêmes comme « échec = pas de Rolex à 50 ans » ne sont encore une fois que des syndromes d’une mentalité générale qui vise à se satisfaire ou défendre son état, quel qu’il soit. On a tendance à refuser de voir qu’on a un problème, en préférant voir la poutre dans la mirette de celui d’en face (qui n’est bien sûr qu’une vue de l’esprit).

      Mes références ne sont peut-être pas aussi littéraires que celles d’Ernst (vous permettez que je vous appelle Ernst, Ernst ?), et ça se veut un compliment, mais si je considère le cas des films gros budget, l’intérêt principal réside systématiquement dans l’accomplissement d’un but. On part dans des échanges sur le sens de la vie et son but, mais c’est précisément là où j’aimerais en venir : la guerre telle que décrite dans cet article permet à sa manière à certains soldats (pas à tous, confere ma réflexion sur les valeureux grenadiers de Napoléon, plus haut) de définir un sens à leur vie, entre autres en s’affranchissant de l’image que veut bien donner l’opinion publique à cette guerre affreuse qui fait qu’un sang impur abreuve nos sillons (la santé publique ne dit rien à ce sujet, d’ailleurs).

      Pour revenir au cas des films à gros budgets (un Chekhov Gun qui s’ignore), ce que je veux dire, c’est que par exemple, dans le cas de Matrix (au hasard, pour prendre le film qui peut partir dans la direction qu’on veut), l’important et l’haletant du film et de la trilogie, c’est l’accomplissement de la tâche. Montrer l’after-Matrix, avec l’Oracle qui fait des cookies avec la petite fille, ça n’aurait que peut d’intérêt pour un film de 2 heures et de plusieurs millions de dollars.

      Ce qui pose problème dans la définition du sens de la vie, donc, c’est qu’elle est subjective, changeante au fil des années (mon but d’aujourd’hui n’est pas le même que celui d’il y a dix ans), et surtout qu’elle peut être manipulée par la force des arguments des biens-pensants : « tu ne joueras pas de la guitare, ça a beaucoup plus d’avenir de faire une école de commerce » (je précise que cet argument n’a rien de personnel, je ne joue pas de la guitare).

      Arguments des bien-pensants, mais aussi manipulateurs commerciaux : « vous voulez donner un sens à votre vie ? Appelez-nous sur ce numéro surtaxé ! »

      Et on se retrouve donc dans un cas où « c’est les plus forts qui gagnent », non pas par la force pure, mais par la force des arguments, tout fallacieux et cousus de fil blanc qu’ils sont parfois…

      Autre exemple de réflexion pouvant être manipulée : Inception, où on passe d’un père complètement déçu par son fils « I’m disappointed, Robert » à un père qui a toujours cru en son fils « I’m disappointed you tried to be like me, Robert », simplement en « convertissant » le fils à quelque chose qu’une part de lui avait peut-être envie ou besoin d’entendre. On en revient aussi au côté « dire au lambda ce qu’il veut entendre », du coup, comme le monde est petit…

  7. Bercilak de Hautdesert says:

    Reste également l’idée de la pertinence de notre arrogance : qui sommes-nous pour décider que les gens doivent avoir un but dans la vie, après tout ?

    C’est encore une question à laquelle d’aucuns trouveront la réponse instantanément (ignorance is bliss, si je puis dire…), mais pour laquelle il faudra sans doute encore une fois faire la part des choses ; reprenons l’exemple über-utilisé (attention au vocabulaire…) par l’Inquisition ou l’Eglise pour parfois justifier des Croisades : « mais mon Père, si ce musulman est heureux dans son pays, pourquoi irais-je lui faire la guerre alors que je suis heureux dans le mien ? » demandait un jeune aspirant à un prêtre. « Mon fils, » répond le père, « si tu vois un homme dans un lac en train de se noyer, vas-tu lui porter assistance ? ». « Bien entendu, » s’écrie l’aspirant. « Mais si cet homme te dit qu’il se porte bien et qu’il ne se noie pas, que feras-tu si tu vois qu’il est clairement en train de se noyer ? ». « Je suppose que j’essayerai de le sortir de l’eau malgré lui, » répond l’aspirant, dans une chute tellement prévisible qu’elle est éculée.

    Dans cette humble parabole, que je m’empresse de compléter avec la théorie de la grenouille dans la casserole, je pose la question : qui sommes-nous pour décider que les gens autour de nous se noient ?

    Parabole de la grenouille, qui revient au même, mais avec une approche différente, basée sur le côté routinier de l’horreur quotidienne des pantouflards : prenons une grenouille, et mettons la dans une casserole d’eau bouillante. La grenouille, bien évidement, saute, parce qu’elle se brûle. Dans une deuxième partie de cette expérience, mettons maintenant la grenouille dans une casserole d’eau froide, que nous chauffons progressivement. La grenouille finira par mourir ébouillantée parce qu’elle s’habituera progressivement à son environnement. Cette petite expérience de l’esprit pourrait mener à plusieurs conclusions sur la sagesse, la joie de vivre et la self-awareness (pardon aux Académiciens qui me lisent), mais je l’utiliserai pour appuyer ma question du paragraphe précédent : qui sommes-nous pour décider que le feu est allumé sous la casserole de la grenouille ?

    • @ Bercilak : C’est bien beau de me reprocher de faire des longs papiers, mais pourquoi faire de si longs commentaires ? 😉 C’est toujours ceux qui font la leçon aux autres qui défaillent…

      La fable de la grenouille, c’est drôle que tu la cites, je l’utilise souvent dans mes rares conversations pour montrer ce qui est en train de se passer avec nos amis bipèdes qui nous veulent du mal.

      Concernant le fait de notre arrogance : nous ne devrions pas nous sentir arrogants ; il y a tout de même des lectures d’auteurs très convaincantes pour savoir ce qu’il se passe réellement autour de nous, et ce n’est pas de l’arrogance que de souscrire à leurs démonstrations ; au contraire, lire des auteurs et les entendre, c’est faire preuve d’une capacité faire taire son petit « soi ». Quand je donne un avis, c’est toujours avec le sous-entendu qu’il m’a été communiqué aussi par des lectures ; mais les gens ne lisant pas, ils ne l’entendent pas de cette oreille et croient naïvement qu’on prétend avoir trouvé tout cela tout seul, détenir la vérité, et vous font passer pour un arrogant ; c’est l’un des effets pervers de l’égalitarisme forcené, comme si tout le monde pouvait donner son avis sur tout ; si je me permets de le faire parfois, c’est que j’ai lu certains bouquins. C’est juste qu’ils n’ont pas l’amplitude d’esprit nécessaire à communiquer sur certaines questions, point barre. Point n’est besoin de faire montre de masochisme ici. Nous accuser d’arrogance, c’est un piège tendu par les illettrés pour cacher le fait que les paresseux, les arrogants, les adeptes du « moi-je-isme » et de l’opinion égocentrée, ce sont eux. Et les modestes, aussi surprenant que cela puisse paraître, sont plutôt « nous » (pour synthétiser).

      Le masochisme est une des grandes forces motrices de toute société (servitude volontaire). Et effectivement, le mec qui se noie, il est bien dans sa noyade, il se fait son petit chemin de croix personnel, il croit à la « condition humaine », il fait la fête au sein d’un naufrage (les fameux violonistes du Titanic qui ont continué de jouer jusqu’à la fin) ; bien sûr que nous ne le changerons pas, mais je ne crois pas que nous souhaitions ici changer quoique ce soit ; il s’agit de tenir la chronique de ce qu’il se passe, rien de plus, et d’essayer au moins d’être la mauvaise conscience de son temps (Nietzsche). Plus jeune, je conseillais aux gens de lire des livres : on peut mesurer à quel point j’étais encore naïf pour proposer un recul intellectuel à Festivus Festivus. Il en est aussi incapable qu’un paysan du Larzac du treizième siècle (et encore ?).

      Tu dis que ce sont les plus forts qui gagnent ; Nietzsche te dirait que ce sont les plus faibles qui gagnent, parce qu’ils s’unissent ; et la technologie leur donne une force de frappe incroyable. Et qu’il faut en conséquence défendre les forts contre les faibles. Un type dont la vie et l’objectif de bonheur sont dictés par un slogan, pardon, mais que vaut-il ? Il ne risque d’atteindre même pas au début d’une impression de bonheur ; le bonheur, c’est la force ; et la force, c’est la force de résister. Un type qui ne résiste pas est condamné au malheur, malgré toutes les mimiques de pseudo-satisfaction qu’il affichera à toutes les fêtes où il fera le beau. Ça se vérifiera facilement, il suffira de boire quelques coups avec lui et de le faire parler (voir ce que disait Rambo sur les anxiolytiques, etc.).

      Je vous suis sur l’idée que la guerre moderne réduit peut-être les possibilités d’être un héros ; on pourrait même dire que les conditions de vie modernes, et donc la guerre moderne, réduisent les possibilités d’être des héros, au sens classique. Il faut quand même rappeler Ernst Jünger, qui justement prenait à contre pied cette idée en rappelant que plus la situation est désespérée, plus le geste héroïque est à nôtre portée, plus il a de la valeur.

      Mr Bercilak, avez-vous jeté un œil à mon papier sur Napoléon ? J’ai la faiblesse de croire qu’il vous plairait.

      @ John Rambo : 10 % de femmes battues, ça me paraît énorme, Mr Rambo. Concernant les anciens, ils nous massacreraient allègrement et nous verrais comme une sorte de sous-humanité… C’est la faiblesse à laquelle nous a menés notre « intériorisation » des pulsions, pour citer encore monsieur Nietzsche…

  8. John Rambo says:

    « Qui sommes-nous pour décider que les gens doivent avoir un but dans la vie? »

    La question ne se pose pas pour « les gens », mais pour l’individu. Certains, y répondent par l’introspection, d’autres spontanément, et les périodes de doutes sont louables dans la mesure où nous sommes des êtres complexes, en perpétuel évolution. Comme dit M. Nietzsche, pour ne jamais douter de sa propre félicité, il faut être soit une bête soit un dieu.
    En second lieu, je souhaiterai revenir sur les exemples cités. La machinerie Hollywoodienne appuie lourdement sur le but, l’objectif à atteindre. On sent bien que c’est là que le bât blesse. Une telle lourdeur traduit bien le manque d’assurance, l’homme moderne ne sait plus vraiment s’il veut vivre. C’est tout l’a propos de l’article d’Ernst. La comparaison avec la grenouille, ou l’échec= pas de rolex à 50 ans sont les résultats de cette humanité vacillante.
    Quant aux justifications pro-croisades, ce sont des interrogations ad hoc, s’agissant d’individus déjà convaincus de leur signifiance. La question qui se pose serait alors de savoir si les croisades furent un beau combat.
    Pour conclure, je dirais qu’il suffit d’être quelqu’un avec un minimum de talent et de virilité pour échapper au relativisme mortifère et aux réussites sociales absurdes.

    @ Bersilak. J’ai lu votre commentaire avec plaisir mais j’avoue avoir ciller à la lecture de la pertinence de notre arrogance. Peut-on véritablement parler d’arrogance lorsque l’on se place au-dessus d’une société dont l’oracle fait des cookies ?

  9. Bercilak de Hautdesert says:

    « Peut-on véritablement parler d’arrogance lorsque l’on se place au-dessus d’une société dont l’oracle fait des cookies ? »

    Voilà probablement un des commentaires les plus magiques qu’il m’ait été donné de lire :).

    Je me fais bien entendu l’avocat du Diable en ce qui concerne mes exemples, tant pour les films que pour les exemples peut-être un peu plus abstraits de la grenouille ou de la noyade. Je ne me sens pas des plus arrogants à juger qu’Untel pourrait choisir d’avoir une vie un peu moins morne s’il savait simplement se questionner et surtout faire l’effort de penser…Mais je suppose que tout comme la justification des croisades donnée ci-dessus servait tout à fait à convaincre les foules d’aller trucider du « jeune homme issu de la diversité » (nous sommes sur un blog respectable, voyons) au Moyen-Âge, je pense que même les plus habiles des paraboles et métaphores peuvent être utilisées en bien comme en mal : l’exemple de la grenouille, que je considère pourtant a priori comme une manière de montrer aux gens qu’il leur appartient de s’apercevoir que l’eau commence à bouillir autour d’eux, peut tout à fait être retourné par des détracteurs pour dire « t’es qui pour me dire que ça bout ? ».

    En ce qui concerne les remarques tout à propos de M. Calafol (décidément, j’aime ce site), je ne suis pas journaliste, moi, môssieu, j’écris la longueur que je veux !…Mauvaise foi quand tu nous tiens…Un juge de patinage artistique a-t-il besoin de savoir faire un triple axel sans faute pour pouvoir juger des compétitions ? Voilà encore un exemple que les gens utilisent pour défendre leurs points de vue, tout « non-défendables » qu’ils sont parfois…Je suppose (j’ose espérer) que la longueur de mes réponses n’est pas répréhensible en soi, même si elle ne facilite pas la lecture (les méandres de mon esprit étant parfois plus tortueux qu’il n’est correct de l’être dans une situation d’échange comme celle-ci). Cependant, je gagnerais sans doute à être concis, ce qui n’excuse nullement l’ignominie que constituent les phrases de votre propos, M. Calafol, si longues qu’on pourraient s’en servir comme mouillettes dans des oeufs d’autruche.

    Cessons là nos tergiversions inutiles et revenons-en à l’article (c’est vrai que je dérape encore…) : en ce qui concerne notre arrogance, donc, certes, c’est de la fausse arrogance, mais c’est pour ne pas nous laisser emporter trop loin ; je me le rappelle souvent, « sic transit gloria mundis, mon pote », comme qui dirait. Je suis d’accord pour dire que les gens pensent qu’on sort ça du chapeau parce qu’eux-mêmes ne prennent pas la peine de lire ; en conséquence, ils prennent aussi la mouche en se fermant à ce qu’on a à dire pour le simple fait qu’eux ne l’ont pas fait. On en arrive à être en tort d’avoir raison, ce qui est la plus ironique des situations…

    Je me suis peut-être mal fait comprendre au sujet des plus forts : en l’occurrence, mon propos était que les plus forts d’aujourd’hui, ce ne sont pas les grosses brutes ou les parrains de la mafia (encore que…), mais dans un cadre plus « bien-pensant et civilisé », il s’agit plutôt de ceux qui arriveront à retourner un arguement en leur faveur. Dans beaucoup de cas, les choses peuvent être utilisées en bien ou en mal, pour encourager ou pour décourager : les « plus forts » d’aujourd’hui, selon moi, voire ceux d’hier et de toujours, mais à un niveau moindre, vu qu’on ne peut plus vraiment utiliser des méthodes de pétage de tronche super-balaize sur les p’tits malins, les « plus forts », donc, c’est ceux qui arrivent à anticiper l’argument qui va venir pour le retourner à leur avantage.

    Je veux dire que les foules hurlantes des fanatiques fantoches n’avaient probablement pas l’envie de se dire « mais qui sommes-nous pour décider que le gars se noie ? », d’une part comme le dit Rambo parce qu’ils étaient déjà convaincus, mais aussi peut-être parce qu’on ne leur apprenait pas forcément à réfléchir en dehors des limites fixées. Si suffisamment de gens avaient réfléchi et dit « mais il ne se noie pas ! », peut-être que les Croisades n’auraient pas eu lieu (uchronie quand tu nous tiens…).

    Les plus forts seraient donc ceux qui arrivent à anticiper les arguments, et à utiliser des contre-arguments encore plus convaincants, voire à retourner les arguments précédents : dans l’exemple de la grenouille, un gars qui veut te montrer à quel point ton existence est si inutile et à quel point tu patauges béatement dedans essayera de te faire arriver à la conclusion que tu es la grenouille, et que tu as toi-même monté la température. Mais si un autre gars arrive et dit « qui es-tu pour dire qu’il est une grenouille dans une casserole d’eau bouillante ? », alors l’argument précédent (et surtout son but) sera peut-être invalidé, tout du moins dans l’esprit de celui qu’on essaye de convaincre ; une explication, même rationnelle et logique (et le scientifique en moi me fait dire que je sais de quoi je parle 🙂 ), n’est aussi convaincante que l’écoute de celui qui veut bien y prêter attention.

  10. coliascroceas says:

    Juste une rapide rectification. Cher John Rambo, je n’ai pas voulu assimiler « la guerre sans combat » à nos guerres intérieures. Au contraire. Je disais que c’était peut-être la seule guerre qui ne puisse se passer de combats, d’affrontements.
    Si les luttes qui parcourent la société sont des luttes larvées, celles de notre intimité échappent toujours dans une certain sens à la domestication ( et aux anxiolythiques) . et souligne la puissance de vitalité.
    Et j’aimerais aussi croire que l’instinct de vie n’affleure pas seulement dans le spectacle de la guerre, que chacun peut être à l’écoute de cette vitalité, quelque soit l’environnement. Mais pourquoi donc vouloir atténuer la puissance du champs (chant ou cri !) du personnel, rendre notre apathie si dépendante d’un environnement extérieur? Je ne souscris pas à cette idée, que ce qui se trame dans la société, dans les journaux, dans la sphère publique puisse réellement anéantir l’élan intime de resistance à la médiocrité.
    Pourquoi l’homme serait dispensé de vitalité hors des situations de guerre? Le défi est plutôt pour chacun de réinventer ses sources de vitalité, sans imputer sa baisse à l’absence de guerre.
    Qu’est-ce que l’homme sans la guerre? Peut-il y avoir une autre réponse que « l’angoisé », le morose…? Je ne comprends pas pourquoi on devrait considérer que la guerre est essentielle à l’homme, essentielle à son humanité, à la perfectibilité de son être à son maintien dans sa vitalité d’homme (l’homme comme être perfectible, et donc, sans cesse en tension au delà de lui-même :vitalité); alors que l’on pourrait envisager qu’il puise dans l’art la resistance à ce qui l’empêche d’être véritablement vivant. le travail de Pina Bausch, maintenant présente dans ces pages électroniques, n’en témoignerait-elle pas?

  11. John Rambo says:

    Chère Coliascroceas ( j’ai copié-collé le nom…)
    Commençons par là où nous nous rejoignons ( on se disputera après ). En effet, je suis d’accord, la guerre n’a pas le monopole de la vitalité, de la grandeur, ou de l’évolution. Le monde serait absurde sans l’art, et mis à part pour quelques millions ( milliards ? ) de boulets incultes, c’est une évidence. Mais il en va de même de la guerre, le monde serait absurde sans elle, et cela est une opinion qui ne passe pas en société ( j’ai testé ), d’où l’hommage d’Ernst Calafol en forme d’article.

    Passons à notre désaccord. Ou plutôt à ce que j’estime être une méprise de votre part. Vous faîtes l’opposition entre la société et l’intimité, entre la guerre et l’art, et entre le tout-extérieur et le personnel. Or, il y a confusion dans la mesure où vous avez une vision incomplète et altérée de la guerre. Pour reprendre vos mots: non, la guerre n’est pas un spectacle, contrairement à l’art. La guerre se vit d’abord de l’intérieur, en témoigne ces soldats animés d’une bravoure et d’un altruisme incomparable, pendant que nous autres braves gens passons notre chemin lorsqu’un gamin se fait tabasser ou qu’une lycéenne se fait violer. La guerre n’a de valeur que dans la mesure où elle devient une expérience intérieure, chose incompréhensible pour nos journalistes qui préfèrent nous montrer les gros missiles, les cadavres, et les drapeaux: bref, la guerre-extérieur que vous décrivez, et que vous dénoncez à juste titre.
    Le champ de bataille est un lieu unique où l’on joue sa vie. La virilité, la bravoure, et l’abnégation sont de mise comme nulle part ailleurs. En somme, la guerre est une épreuve qui permet de juger de sa propre valeur et de celle des autres, avec une fiabilité et une sensibilité bien supérieure à nos critères de réussite sociale.

    Bien entendu, la guerre connaît son lot d’échec, fabrique des monstres de sadisme, et ce sont bien souvent les meilleurs qui y meurent en premier. C’est également l’événement cyclique qui marque l’abîme séparant les hommes et les femmes, que ce soit dans leurs sensations respectives, leurs espoirs, et leur façon de gouverner leurs doutes. J’ai encore plein de choses à dire, mais je ne voudrai pas épuiser la patience des millions d’internautes qui nous lisent. Je suis néanmoins disponible pour plus de détails par mail. ( Sans l’aide bénévole d’Ernst Calafol, je n’aurai d’ailleurs pas répondu pensant la discussion close )

    ps: Cher Bercilak (tout le monde m’est cher , nous vivons une époque magnifique)
    On est d’accord, tout dépend de l’interlocuteur, si l’on a affaire aux boulets incultes cités plus haut, il vaut mieux se taire et les adresser au centre commercial le plus proche. Comme dit Nietzsche, on endigue pas la décadence, il faut au contraire la précipiter.
    Votre dernier paragraphe ressemble fort au conflit qui opposa Socrate aux sophistes. On sait tous qui a gagné, et que ce dernier s’est auto-suicidé si je puis dire. C’est donc Thanatos qui gagne aux points. Quant aux croisades, était-ce une si mauvaise chose ? Elles ont certes engendré leurs lots de destructions absurdes, de vengeances, et de crimes odieux, mais ce fût également une rencontre culturelle et humaine inouï. En ce qui me concerne, je ne saurais regretter une guerre qui se produit à armes égales. J’ai plus de mal lorsqu’on lance des missiles sur une cavalerie… Heureusement Néo est là, et l’Oracle le guide. Et tout va bien finir, comme dans Harry Potter ^^.

  12. Nicolas says:

    Je parie que l’auteur de cet article n’est jamais monté au front. Quid de de l’estropié ou du mutilé qui finit sa vie misérablement comme cul de jatte dans un logis sordide? Le taux de suicides parmi les soldats de l’armée américaine engagés en Afghanistan est de l’ordre de l’inédit dans l’histoire militaire (de l’ordre d’une trentaine par mois). Le guerrier actuel est très éloigné de ses prédécesseurs, à la fois par la formation et par son encadrement qui visent à le transformer en rouage mécanique d’une immense machine de guerre. On est très loin de l’idéal aristocratique d’Ernst Jünger fondé sur l’individualisme exalté par les valeurs traditionnelles comme la bravoure dans le danger et l’exaltation d’une esthétique du champ de bataille. Le souci premier du soldat moderne est de se conformer à la norme pour suivre à la lettre les consignes dictées par la meilleure pratique en face d’un scénario de crise spécifique. Rien à voir assurément avec l’esprit d’initiative de l’homme viril capable de faire appel à ses ressources secrètes lorsqu’il se trouve en situation de danger mortel. La plupart des soldats américains ne peuvent supporter durablement ce genre de conditionnement mental de l’homme machine, qu’en ayant recours à des antidépresseurs et autres stimulants neuronaux. Imagine-t-on un E. Jünger sous Prozac? La réalité du combat moderne oblige à reconnaître que c’est la machine qui dicte à l’homme sa conduite et non l’inverse, comme à l’époque où les ressources meurtrières de la technologie, singulièrement de l’informatique à base de codes et de procédures, ne perturbaient pas encore ce qu’il restait d’humanité chez des soldats dont il fallait préserver le potentiel de combat humain comme condition de la supériorité sur l’ennemi dans des combats homme à homme. Aujourd’hui la guerre est plus une affaire d’ordinateurs et de maîtrise des systèmes d’information que de supériorité humaine évaluée à l’aune des vertus guerrières qui ne sont plus que de lointains souvenirs appartenant au passé barbare de l’humanité. Le drone autonome est en train d’évincer les soldats appartenant à une espèce obsolète du fait des ressources offertes par la technologie dont les différents domaines de compétence rentrent en symbiose pour accoucher d’une nouvelle espèce bionique plus avancée, plus efficace, plus mortelle, en un mot supérieurement douée dans l’art de tuer. Nous voilà donc dans l’impasse ouverte par la guerre permanente nécessitant des guerriers capables de rester perpétuellement en veille et de faire aux multiples menaces technologiques que l’homme n’est plus capable de contrôler sans l’aide de la machine. En un mot l’avenir aristocratique appartient à la machine, au cyborg bionique dont les programmes d’intelligence artificielle lui dicteront sa conduite autonome et auto-apprenante, jusqu’à sa révolte contre les apprentis sorciers qui les ont inventés.

    • Merci beaucoup pour ce commentaire très instructif, qui témoigne d’une réflexion peut-être plus avancée et détaillée que la mienne en la matière. Mais je vais tout de même essayer de défendre mon petit point de vue.

      Je ne suis, en effet, jamais allé au front. Mais je m’appuie sur le livre de Sebastian Jünger, qui lui y est allé, et a parlé « d’amour » en s’appuyant sur des faits. Je dis par ailleurs qu’il y a beaucoup de misères dans la guerre, le problème venant que l’on ne parle QUE de cet aspect, ce qui est une sorte de déformation de la réalité. Après, peut-être que ma référence à l’autre Jünger est dépassée. Je vais tout de même tenter une justification. A son époque, nous disions déjà que la guerre moderne avait pourri l’esprit de chevalerie, mais Jünger voyait précisément dans cette domination de la technique un moyen d’atteindre un niveau supérieur de résistance au combat, inconnu jusqu’alors. Rester homme dans des conditions de plus en plus « inhumaines ». Je pense qu’il restera toujours une partie dédiée à l’initiative personnelle et aux sentiments humains dans la guerre, quel que soit son degré de mécanisation ou de robotisation. La technique nous tyrannisera peut-être, mais même sous les pires des tyrannies ce sont les valeurs qui feront la différence ; et ces valeurs seront parfois concentrée dans une minuscule poche de résistance où tout se jouera (exemple de la Résistance). C’est la liberté, et la guerre sous toutes ses formes a été et restera la principale manifestation de la liberté. Et encore une fois, ce n’est pas ma pauvre personne qui le dit. Et c’est bien pour cela que l’époque moderne, particulièrement soucieuse d’écraser la liberté, veut transformer la guerre en une série de processus de décisions, etc. Ce n’est pas parce que l’époque semble ne plus vouloir la guerre que sous sa forme la plus procédurière que nous ne devons plus y voir que cette dimension. Car cela encourage le monde à continuer dans la voie qu’il s’est tracée : aseptisation générale.

      J’aime les livres comme ceux de S. Jünger qui dérangent, parce qu’ils voient dans la guerre autre chose que ce que tout le monde aimerait y voir, c’est-à-dire de la souffrance, etc. Et j’avoue avoir tendance à me méfier des ultra-pacifistes qui hurlent ne serait-ce qu’en entendant le mot « guerre » ; non seulement parce que c’est manquer de respect aux gens qui se battent pour améliorer leur sort et/ou celui de leur pays, aussi parce que s’ils peuvent « profiter » de leur vie actuelle c’est parce que leurs grands-parents sont morts à Verdun, et beaucoup plus généralement c’est oublier que « la guerre est mère de toute chose ».

  13. simon says:

    Votre orthographe est outrageuse. Il est difficile de comprendre pourquoi on vous autorise à publier des articles. De plus vous n’êtes pas du tout objectif, alors qu’il serait nécessaire de l’être le plus possible lors d’une rédaction sur un tel sujet. Vous ne me serrez d’aucune aide dans le commentaire que je prépare sur Ernst Jünger… Bien dommage.

    Cordialement,
    Simon.

    • Simon, je vous remercie pour votre commentaire.

      Je serais assez intéressé que vous développiez un peu plus. Sur quels points vous paraissais-je à ce point dans l’erreur ? Si je ne puis vous être d’aucune aide dans votre commentaire, ce que je regrette, je vous invite à m’éclairer de vos lumières.

      Ce qui m’autorise à publier cet article, c’est la liberté d’expression.

      Enfin, je vous invite à m’indiquer mes multiples fautes d’orthographes, que je corrigerai de suite.

      Bonne soirée à vous,

      EC

      PS : pour info, j’ai corrigé les trois fautes que j’ai trouvées en relisant, dont deux coquilles.

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