Le FN, un vrai danger ?

Second tour des cantonales : le FN a de nouveau mobilisé l’attention des médias et « se place » bien. Mais son score n’est pas si flatteur que cela… Point de vue.

On prend les mêmes, on recommence… Au soir du second tour des élections cantonales, les médias ont de nouveau eu les yeux braqués sur le Front national. Il faut dire que le parti frontiste enregistre un bon score, qui plus est lors d’un scrutin qui ne le favorise guère habituellement : 15% au premier tour, 11% au second, près de 400 candidats qui se sont maintenus… Le tout en réalisant de véritables « cartons » dans certains départements, comme dans les Bouches-du-Rhône ou le Pas-de-Calais.

Pourtant, à bien y regarder, le tableau d’affichage n’est pas si favorable que cela à la formation frontiste au terme de ce dernier match-test avant 2012. Le score est en « trompe-l’œil ». Le premier parti de France, à cette heure, est encore et toujours l’abstention (55% au premier tour, 53% au second). Le phénomène n’a pas épargné le Front national. Loin d’avoir progressé en terme de nombre de voix, le parti frontiste en a perdu plus de 100 000 par rapport au premier tour des élections cantonales de 2004, et il sera sans doute confirmé sous peu qu’il en a également perdu au second.

Le bon classement, en pourcentage, s’explique d’abord par une désaffection encore plus importante du côté de l’UMP et du PS. Journalistes au Monde et auteurs sur le blog Droite(s) extrême(s), Abel Mestre et Caroline Monnot concluent que la vague FN attendue n’a pas eu lieu. Le test « Bleu Marine » n’est donc pas si concluant pour la nouvelle patronne du FN.

Entre adhésion et rejet

Mais il ne s’agit pas seulement d’une querelle de chiffres. Depuis la prise en main du parti par Marine Le Pen, les médias soulèvent une autre crainte : celle d’une déculpabilisation de l’électeur frontiste. « L’effet Marine » aurait eu pour effet de le décomplexer, au point qu’il ne cache plus son vote. Une situation nouvelle par rapport aux années Jean-Marie Le Pen, durant lesquelles deux bons tiers des sympathisants du FN ne divulguaient pas leur choix aux instituts de sondage…

Certes, cela a pu se constater au gré de la campagne. Nombre de candidats locaux ont remarqué que les électeurs affichaient publiquement leur préférence pour le parti d’extrême droite. Comme le note le directeur adjoint de l’institut de sondage BVA dans un article des Echos, « voter FN n’est plus tabou ou honteux ». Par ailleurs, le parti frontiste enregistre des adhésions, séduit un public varié, et il est très présent sur Facebook.

Pour autant, cela ne signifie pas que les idées frontistes se soient « démocratisées ». Au vu du contexte économique et social actuel, et au vu de la rhétorique habituellement avancée par les électeurs du front national, il apparaît plutôt que le vote FN est un vote contre. Ses sympathisants sont moins promptes à défendre le programme du parti qu’à dénoncer, au choix, les autres politiques, l’immigration, la mondialisation… Leur choix apparaît toujours davantage comme un rejet et un exutoire.

Droite de l’UMP et FN : les vases communicants

La meilleure preuve de cela est sans doute que le Front national réalise des scores parfois élevés dans des cantons ou ses candidats font peu ou pas du tout campagne, comme le note le Post… Difficile, dès lors, de croire que les électeurs fassent preuve d’un véritable engouement ou d’une adhésion pour les idées frontistes. On peut donc raisonnablement supposer que le FN connaîtra des succès moins flamboyants avec l’atténuation des effets de la crise et la fin de « l’effet Marine ».

Du reste, si le Front national a effectivement réussi à diversifier son électorat, il a surtout attiré les déçus du sarkozysme… soit un électorat plutôt « récupéré » que « conquis » : beaucoup de sympathisants frontistes s’étaient rangés derrière la bannière de Nicolas Sarkozy en 2007. Entre la droite de l’UMP et le FN s’opère un effet de vases communicants.

Enfin et surtout, il faut bien voir que le Front national n’est à cette heure toujours pas un parti qui gagne. Malgré le refus de l’UMP de lui faire formellement barrage, la formation frontiste n’obtient en tout et pour tout que deux élus sur l’ensemble du territoire. Elle paye là son manque d’alliés et de réserve de voix. Une situation qui se répéterait presque à coup sûr en 2012 si d’aventure Marine Le Pen parvenait au second tour de l’élection présidentielle.

Crédit photo : Neno / Flickr

A lire aussi sur ce blog : l’électeur du FN a-t-il un cerveau ? Ce n’est pas sûr… Par ailleurs : une analyse de la logique du populisme et de la manipulation des masses.

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D’autres points de vue sur Retour d’actu.

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