Le lynchage de J-F Kahn, une victoire à deux balles

Jean-François Kahn, fondateur de Marianne, annonce qu’il quitte (provisoirement ?) le journalisme. Félicitations aux courageux militants qui ont eu la peau de ce dangereux ennemi de la liberté d’expression.

C’est officiel : toute personne née de sexe masculin qui ne traitera pas la question de la souffrance des femmes avec le respect le plus religieux sera lynché, puni, pourri, humilié. Aujourd’hui, une femme, victime ou pas, on la plaint comme une martyre, une sainte, aucun autre choix possible.

On se souvient que Jean-François Kahn (JFK) avait été plus que maladroit en évoquant, à propos de l’affaire DSK, un « troussage de domestique ». Mais depuis, pas un jour n’est passé sans qu’il ne soit réprimandé pour ce grave attentat. Ne soyons pas trop durs avec les gens qui l’ont descendu : n’est-ce pas tellement humain, lorsqu’une personne est à terre, que de lui flanquer un coup de grole supplémentaire ? Tout le monde s’y est mis ; ne faisons pas la liste des noms de ces tartufe en ruche, elle serait trop longue, entre politiques en quête de suffragettes, féministes à la petite semaine, machos repentis, mères indignées, ados perdus, tout le monde s’y est mis, c’est tellement facile, c’est tellement jouissif.

Le « débat public », nom acceptable du « coupage de tête »

Et evidemment, la plupart de ces personnes vont aujourd’hui regretter, sans trop le dire, d’avoir fini par dégoûter JFK – pour le moment – de la parole publique. Ca fait partie de la mascarade. C’est ce qui arrive lorsque l’on donne trop d’importance au babillage de l’humanité commune, qui ne sait ce qu’elle veut et ne le saura jamais.

N’oublions pas, pour autant, que JFK avait déjà, il y a quelques années, abandonné le journalisme pour y revenir ensuite, sous une forme plus discrète. Peut-être y reviendra-t-il, peut-être y gardera-t-il un pied ; mais en tout cas, il a dû comprendre comment fonctionnait une démocratie d’opinion comme la nôtre. A ce titre, il est grand temps de dire qu’en France, ce que l’on appelle noblement le « débat public » n’est qu’une demande, plus ou moins pressante, de couper des têtes (mais proprement, sans le sang et tout ça, nous sommes devenus très sensibles, nous modernes, quoique toujours aussi cinglés).

Sauf que là, on attend de voir quel type de bipède pourra sincèrement, profondément, se féliciter d’avoir réussi à blesser un tel batailleur, un tel débatteur, un type qu’on peut ne pas aimer, ne pas supporter, mais dont l’enthousiasme peut difficilement nuire à nos fameux « débats ».

« Un combat de 50 ans jeté aux oubliettes pour deux mots »

Comme nous l’avons dit sur Retour d’actu à plusieurs reprises, il s’agit ici ni plus ni moins que de, sous couvert de « respect de tous », mettre un terme à la liberté d’expression. Car une liberté d’expression où l’on n’a plus droit à l’erreur ne peut pas être. Toute liberté sociale est précisément un droit à l’erreur. Tout comme la justice peut donner une seconde chance à un fautif. Tiens, comme par hasard, notre époque minable est aussi celle qui veut, de plus en plus, sanctionner le voleur de pommes et le laisser croupir en prison le plus longtemps possible.

Voici un extrait du dernier billet de JFK sur Marianne.fr : « Un combat de 50 ans jeté aux oubliettes pour deux mots aussitôt répudiés, vous approuvez cela ? [...] Si vous approuvez, eh bien j’en tirerai les leçons. Car, moi, je ne veux pas d’un tel monde. » Mais pauvre JFK, ce « tel monde », c’est justement le monde du progrès, de demain ! Celui dans lequel on ne perd plus de temps à lire des messages de regrets, des explications, des justifications subtiles, aussi convaincantes et modestes soient-elles. Le monde où l’humain n’a plus à être idiotement compliqué ! C’est oui ou c’est non, c’est noir ou c’est blanc, c’est esclave ou tyran, c’est féministe ou macho, voilà la glorieuse mélodie de demain. La femme, l’avenir de l’homme et tout ça ! JFK jette l’éponge ? Champagne ! Embrassons-nous Folleville ! On les auras, tous ces empêcheurs de tourner en cons.

Mais, comme il est interdit de désespérer, raccrochons-nous à Brassens, le dernier recours lorsque le spectacle proposé est si pathétique. Écoutons-le, regardons-le, chantons-le, un jour, oui, on a pu rire de tout, parce que l’on n’était pas avec n’importe qui.

« Quand j’croise un voleur malchanceux, / Poursuivi par un cul terreux, / J’lance la patte et – pourquoi le taire ? -, le cul terreux se r’trouve par terre. »

Gloire aux culs terreux de l’an 2011 !

Crédit photo : Harfang / Flickr.com

D’autres coups de gueule sur Retour d’actu, dont ce papier critiquant l’obsession de la transparence à travers l’affaire des quotas en équipe de France, ceci sur les USA et leur avance décisive en matière d’hypocrisie sociale et sexuelle.

Digg This
Reddit This
Stumble Now!
Buzz This
Vote on DZone
Share on Facebook
Bookmark this on Delicious
Kick It on DotNetKicks.com
Shout it
Share on LinkedIn
Bookmark this on Technorati
Post on Twitter
Google Buzz (aka. Google Reader)
This entry was posted in Nos coups de gueule and tagged , , . Bookmark the permalink.

One Response to Le lynchage de J-F Kahn, une victoire à deux balles

  1. lilidesbellons says:

    Bravo à Ernst Calafol de mettre les choses au point! Les propos de JFK sont évidemment loin d’être fins et délicats. Mais l’opinion publique se saisit et se nourrit de ce type d’écart. Il ne faut plus rien critiquer, plus rien juger et surtout respecter l’autre. Cette bien-pensance s’installe de plus en plus en France pour devenir à terme de la non-pesance.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

* Copy This Password *

* Type Or Paste Password Here *

42 982 Spam Comments Blocked so far by Spam Free Wordpress

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>