DSK, coupable malgré tout pour les féministes

L’ex patron du FMI a vu les charges qui pesaient sur lui s’effondrer… mais pour beaucoup, il reste coupable malgré les doutes qui entachent cette affaire. (avec Ernst Calafol)

Laissons la Justice faire son travail… mais hurlons si on estime qu’elle le fait mal. Telle semble être la moralité de celles et ceux qui se déchaînent depuis l’annonce de l’abandon des poursuites contre Dominique Strauss-Kahn par le procureur de New-York Cyrus Vance.

Pour rappel, celui-ci a rendu des conclusions dans lesquelles il fait mention de l’absence de preuves tangibles. Si l’acte sexuel semble bien avoir eu lieu, rien ne permet d’affirmer qu’il ait été forcé. Et ce d’autant moins que la victime supposée, la femme de chambre Nafissatou Diallo, a menti à plusieurs reprises à la Justice américaine. « Il est plus grave de condamner un innocent que de libérer un coupable », note Cyrus Vance dans ses explications.

Mais certains, et surtout certaines, ne l’entendent pas de cette oreille. En particulier les féministes américaines de la National Organization for Women, qui n’ont pas hésité à fustiger DSK et Anne Sinclair à leur sortie du tribunal, ni à ériger en exemple Nafissatou Diallo malgré ses déclarations contradictoires et ses mensonges sur une précédente affaire de viol dans son pays d’origine. Même chose en France. La présidente de la Ligue internationale des femmes, Anne Sugier, déplore un « déni de justice ». A Ni Pute Ni Soumise, le porte-parole Zineb El-Rhazoui estime que DSK « n’est pas blanchi ».

Un coupable pareil, quelle aubaine…

Pour ces mouvements, qu’importe si on ignore finalement tout de ce qui s’est réellement passé dans la fameuse chambre du Sofitel. Et qu’importe si, comme l’a rappelé le procureur de New-York, l’accusation n’est étayée que par le témoignage d’une plaignante qui a reconnu avoir discuté de la fortune de DSK avec un ami emprisonné juste après les faits supposés… Nafissatou Diallo a pu mentir outrageusement après un acte sexuel consenti pour obtenir de l’argent -la thèse est désormais plus que crédible- mais pas question pour autant de remettre en cause la culpabilité de DSK, l’occasion est trop belle de défendre la « cause » des femmes !

Le collectif « Osez le féminisme » va jusqu’à affirmer que « Rien de ce qu’une femme a fait ou dit dans le passé ne devrait permettre de minorer la violence qu’elle a subie ». Bref, qu’une femme accuse un homme de viol, on devra la croire automatiquement, à coup sûr et sans vérification… Sans compter que l’affaire est prétexte à ressasser et à rendre recevable les vieux clichés de la femme systématiquement soumise face à l’homme systématiquement dominateur, alors même qu’il serait impensable qu’un homme, aujourd’hui, puisse publiquement exprimer l’idée inverse (« les femmes méritent bien leur sort car elles font tout pour attirer les hommes! ») sans déclencher un tollé  (ainsi, ce triste point de vue sur Le Monde, signée de l’historienne Florence Montreynaud, ne sera jamais critiqué par un homme public ou une association…).

L’homme jugé sur sa réputation, pas sur des preuves

Ce nouveau concert de hurlements fait suite aux multiples déclarations fracassantes de féministes qui n’ont pas attendu le jugement pour condamner l’homme, et ce tout autant en raison des faits supposés que de sa réputation (DSK a vu s’afficher au grand jour ses relations avec les femmes et l’argent, autant d’éléments qu’il aurait sans doute aimé garder pour lui). Étrange, car nos féministes-à-la-française estiment que, dans le cas d’une potentielle victime de viol, on devrait surtout l’écouter et ne pas tenir compte de ses méfaits passées (mensonge, etc.). Alors que bien évidemment, ces mêmes féministes se sont toujours montrées persuadées que le passé « charmeur » de DSK jouait en sa défaveur, et rendait plus que probable le fait qu’il y ait eu viol. Un homme, c’est toujours plus ou moins un salopard en devenir, c’est bien connu, surtout un « séducteur ». Justice, quand tu nous tiens…

D’autant plus que dans cette affaire précise, les preuves ne sont pas là, ou du moins elles ne sont pas suffisantes. Ce qui fait d’ailleurs dire à la juriste Marcela Iacub dans Libération (24/08/11) que « le non-lieu de DSK lui fait penser à tous ceux qui sont en prison à tort ». Et d’ajouter que « si Mme Diallo avait commencé sa carrière de menteuse avec cette dénonciation au lieu de la finir ainsi, il est fort possible que Dominique Strauss-Kahn ait pu être condamné à 74 années de prison ». Des remarques qui ne doivent faire ni chaud ni froid à nos courageuses neo-féministes, qui n’ont même pas dit la seule chose qui semblait s’imposer : Nafissatou Diallo a plus probablement desservi la cause des femmes que l’inverse. Au mieux, un partout, balle au centre, et pas de quoi hurler au loup.

Les féministes bien-pensantes qui accablent aujourd’hui DSK et fustigent Cyrus Vance se gardent du reste bien d’évoquer une autre hypothèse : celle selon laquelle un DSK innocent paye d’un bien lourd tribut les mensonges d’une femme de chambre. Faut-il le rappeler ? Le grand espoir des socialistes pour 2012 a perdu  son poste au FMI dans des circonstances accablantes. Il a sans doute également perdu toute chance de devenir un jour Président de la République. A supposer qu’il n’ait rien à se reprocher, si ce n’est une tromperie conjugale de plus, cela fait beaucoup.

Crédit photo : International Monetary Fund / Flickr

A lire aussi sur Retour d’actu : DSK, un faux coupable possible… ainsi qu’un coup de gueule sur les réactions féministes excessives.

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D’autres coups de gueule sur Retour d’actu.

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2 Responses to DSK, coupable malgré tout pour les féministes

  1. Virginie says:

    Je trouve cet article tout à fait injuste et m’oppose à peu près à toutes les idées développées ici. Sur le fond de l’affaire d’abord, qui peut dire aujourd’hui être sûr de ce qui s’est passé? Pour moi le mystère reste entier, je ne vois pas pourquoi cet article fait tant confiance à cette décision de la justice américaine. Et de toute façon, soit il n’est pas coupable, mais sa relation sexuelle minable (c’était consenti! wow, Anne Sinclair a l’air ravie!) fait qu’il passe soit pour un imbécile vu le piège tendu soit pour un vieux pervers (ou peut être les deux). Il perd toute exemplarité. Soit il est coupable, et vu la panoplie d’avocats qu’il avait autour de lui, on pense que de toute façon, ils obtiennent à peu près tout ce qu’ils veulent. Et c’est aussi assez dégoûtant. Sur la forme, avoir gagné en discréditant la plaignante parce qu’elle a menti pour obtenir une aide sociale plus importante me semble également un procédé minable, et insensé! quel rapport? Est ce que si elle avait volé une cigarette à 15 ans, elle aurait aussi pu être violée impunément??? Je trouve ça lamentable. Je ne me classe pas spécialement comme féministe, mais je trouve leur cri d’alerte légitime.
    Et à la fin, je ne prétends pas savoir ce qui s’est passé, mais j’estime que le doute est permis.

    • Ruddy V says:

      Bonjour et merci de ta réaction,

      Effectivement, peut-être que l’attitude de DSK le fait passer pour un imbécile. Mais on ne condamne personne pour cela, pas plus qu’on ne condamne pour adultère. Son manque de moralité, DSK l’a payé en étant jeté du FMI et en perdant toute crédibilité politique aux yeux de l’opinion français. Mais on ne peut pas le jeter en prison pour autant.

      C’est sur la question du viol qu’il doit être jugé, et uniquement sur cela, quoique l’on pense de lui par ailleurs. Or, sur ce point, et comme vous le dites vous-même, on ne sait pas ce qui s’est passé ! Et l’accusation ne repose pas sur beaucoup d’éléments : son témoignage, et quelques traces d’ADN qui montrent qu’il y a effectivement eu une relation… C’est peu. D’autant que la victime présumée a menti, pas seulement pour obtenir davantage d’aide sociale, mais aussi au sujet d’un supposé viol dans son pays d’origine. D’où des doutes sérieux… Et en matière de justice, c’est (heureusement !) à l’accusation de prouver qu’il y a eu crime et non pas à l’accusé de prouver le contraire.

      Il est donc logique que DSK ait bénéficié d’un abandon des charges. De surcroît, je ne crois pas que la justice américaine ait été particulièrement clémente avec lui. Si Cyrus Vance, dont c’était l’affaire de sa vie, avait eu davantage d’éléments contre DSK, nul doute qu’il aurait continué à le charger, quoique fassent ou disent ses avocats.

      Pour ce qui est maintenant des féministes qui accablent maintenant DSK, je trouve qu’elles déservent franchement la cause des femmes. Elles sont parfaitement partiales en prenant le partie de la victime supposée, alors qu’elles ne savent pas plus que le grand public ce qui s’est passé dans cette chambre. La thèse selon laquelle ND tentait d’extorquer de l’argent à DSK n’est sans doute pas certaine, mais elle est plausible et possible. Si viol il y a eu (c’est possible aussi), cela fait un coupable en liberté. Ce serait très regrettable pour la victime, évidemment. Mais faudrait-il prendre le risque de mettre un innocent en prison ? Les féministes semblent penser que oui, c’est ce que je déplore.

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