Extension du domaine de la vulve

Nouvelle tendance : la chirurgie plastique pour le vagin. Ou comment l’obsession du social est en passe de l’emporter totalement sur la conservation d’une intimité.

Un article de Slate.fr, rédigé par Sophie Rouiller,  évoque une tendance nouvelle, celle de la chirurgie plastique pour vagins. Le but est surtout esthétique : que la vulve ait l’air d’être celle d’une fillette, lisse comme la coque d’un iPad. Halte à la maturité !, c’est le mot d’ordre. Une tendance qui prend de l’ampleur aux États-Unis(-du-puritanisme), c’est-à-dire qui devrait s’installer chez nous d’ici quelques années.

Comme l’indique justement Sophie Rouiller, ce « progrès » sous-entend un message « d’une extrême violence : pour être attirantes, les femmes doivent renoncer à leur animalité, à leur statut d’adulte en se conformant aux canons de la beauté sexuée. Un sexe imberbe, sans rien qui dépasse, rosé et enfantin ». Elle conclut : « Notre société, prétendument libérée sexuellement, érige en réalité des modèles calqués sur le désir masculin et son imagerie, à la manière des pires dictatures. » Ce à quoi nous ajouterons tout de même que le masochisme des femmes est au moins aussi déclencheur de leur servitude que le « désir masculin ».

Une entreprise de nivellement par le bas (du corps)

Quoi qu’il en soit, il devient de plus en plus clair que le « corps privé » est en voie de disparition. Si l’on fait en sorte de faire converger concrètement tous les corps vivants vers une seule image, le principe même de corps disparaît. Le fait que le sexe féminin, lieu mystérieux par excellence, soit à son tour cerné de près par l’obsession générale du conformisme social ne fait que confirmer que la partie est perdue. Car dès demain, des tripotées de filles et de garçons justifieront ces atrocités, ces mutilations qui n’ont rien à envier aux pires coutumes rétrograde de telle ou telle croyance occulte. Parce qu’ils auront l’insigne naïveté de penser que cela rendra les gens plus heureux qu’avant de se faire couper trois centimètres carré de peau. Ainsi la croyance moderne en la Technique s’étend, comme tous les autres occultismes, en prenant pour base l’irrationalité (entre autres le délire sur la pureté) et l’ignorance.

Autre enseignement évident : ce que l’on a appelé superficiellement la « libération sexuelle » montre, chaque jour, un peu plus son vrai visage. Ce qu’il se passe sous nos yeux ressemble de moins en moins à une quelconque libération, mais au contraire à une immense entreprise d’asservissement, de nivellement par le bas (c’est le cas de le dire). Sous couvert de « libération des mœurs », s’impose plutôt l’installation d’un matriarcat radical, à mille lieues de faire en sorte que les personnes vivent une sexualité excitante.

« Libérer » le sexe, c’est ouvrir la boîte de Pandore

Un exemple permet de le démontrer le plus simplement du monde. A mesure que l’on a puni tout acte sexuel entre un majeur et un mineur (parfois pour de bonnes raisons, évidemment), on a estimé de plus en plus clairement que la femme était désirable si elle portait sur son corps les caractéristiques de l’extrême jeunesse. En d’autres termes, nous haïssons tout ce qui relie sexualité adulte et monde « pur » des mineurs dans la mesure exacte où nous n’assumons pas notre désir communautaire pour les corps d’apparence juvénile : paradoxal, mais finalement très logique. Et paradoxe qui confirme que l’humanité ne sortira probablement jamais du puritanisme sexuel, qui a pour méthode de punir tout ceux qui auront eu le culot de désirer ce que la collectivité leur a appris à désirer (le gouvernement semble d’ailleurs s’attaquer au problème, et on sait qu’en général un gouvernement ne s’attaque à un problème qu’à la condition qu’il soit devenu insoluble).

De ce point de vue-là, avoir voulu donner l’impression que l’on avait « libéré le sexe » ressemble bien davantage à l’ouverture de la boîte de Pandore qu’à autre chose. En mettant sur le tapis, à la vue de tous, ce qui appartenait plutôt à la sphère de l’intime, ce qui était traité avec une certaine méfiance, nous avons rendu possible une sorte de massacre en règle de toute singularité ; de la même manière qu’avec les périls atomique et climatique, la vie est attaquée à sa racine, ce qui est typique de la période de nihilisme intégral que nous traversons.

Et les pauvres petits humains déspiritualisés, broyés dès leur naissance par ce pilonnage en règle, ressemblent plus que jamais à des fantômes égarés, qui s’appartiennent de moins en moins.

Crédit photo : Viajar24h.com / Flickr
Digg This
Reddit This
Stumble Now!
Buzz This
Vote on DZone
Share on Facebook
Bookmark this on Delicious
Kick It on DotNetKicks.com
Shout it
Share on LinkedIn
Bookmark this on Technorati
Post on Twitter
Google Buzz (aka. Google Reader)
This entry was posted in Nos points de vue and tagged , , , . Bookmark the permalink.

One Response to Extension du domaine de la vulve

  1. Pingback: Quand le sexy s’infiltre partout, le sexuel n’est plus nulle part |

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

* Copy This Password *

* Type Or Paste Password Here *

44 032 Spam Comments Blocked so far by Spam Free Wordpress

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>