La France, un produit de luxe très convoité

La France, pays endetté et disposant de moins de moyens qu’avant, a besoin des capitaux étrangers. Au risque, un jour, de mettre en danger son identité ?

Pendant que la France et les Français se prennent la tête pour savoir ce que signifie exactement « être Français », les grandes manœuvres des pays qui ont encore du fric s’organisent. Ils viennent faire leurs emplettes chez nous, avec l’assentiment de nos politiques, voire leurs encouragements. D’une certaine manière, la France devient donc une sorte de produit de luxe délaissé, une marchandise comme une autre, bradée, qu’on peut facilement s’offrir. Au risque, peut-être, de nous donner encore plus de mal, demain, à définir l’expression « être français ». Voici quelques exemples, lus récemment dans la presse, confirmant cette tendance.

Le Qatar, premier sponsor du PSG… et des banlieues françaises ?

Le Monde du 6 janvier a ainsi publié un article instructif intitulé : « Après le PSG, le Qatar au chevet des banlieues françaises ». On y apprend, entre autres, que ce richissime pays a créé « un fonds d’investissement de 50 millions d’euros destiné aux quartiers français en difficulté, pour 2012. La somme est d’importance. C’est près de 10 % des 548 millions d’euros du budget du ministère de la Ville de cette année ». Une idée, non pas venue des Qataris, mais d’un « collectif d’élus de droite et de gauche ayant en commun d’être fils ou petit-fils d’immigrés et qui constate l’impasse dans laquelle se trouvent les banlieues françaises depuis plusieurs années ». Mohamed Ali Adraoui, chercheur à Sciences Po, interrogé dans l’article, estime que le Qatar « cherche surtout des relais d’influence dans la société française ».

Bien sûr, ce n’est pas plus mal si les Qataris arrivent à faire avec certains banlieusards en difficulté ce que les politiciens français sont incapables de faire depuis trente ans. Il ne s’agit pas, non plus, de dire avec certitude que la charia sera installée d’ici 5 ans en France parce qu’on met 50 millions dans les banlieues. Mais il est bien évident que cette question finira par se poser, peut-être dans cinquante ans, peut-être un siècle, peut-être dans cinq. Pourquoi ? Parce que dans une société où ne règne que le pognon, ceux qui en ont le plus finissent par imposer leur idéologie.

Il ne faudrait surtout pas croire, d’ailleurs, qu’il y a dans ce genre de dispositif, une offensive de la part du Qatar : bien souvent, comme dans le cas du fonds pour les banlieues, les dirigeants français appellent de leurs vœux ces transactions financières. Ainsi, toujours concernant le Qatar, le Canard enchaîné nous distille une croustillante info dans son numéro du 4 janvier 2012 : « Sarko a aussi fait voter en 2008 un joli petit statut fiscal rien que pour les ressortissants de cette dictature (le Qatar) : les résidents qataris ne paient pas l’ISF pendant leurs cinq premières années dans l’Hexagone. Et les plus-values sur leurs opérations immobilières ne sont pas imposables. Ça aide à s’offrir les palaces parisiens. » En période de crise, sur ce coup-là, l’État français est donc prêt à avantager financièrement des ressortissants étrangers. Alors qu’il y a aujourd’hui trois millions de chômeurs. Alors que des centaines de milliers de gens ont du mal à se loger. Édifiant, n’est-ce pas ?

Quand « les banques américaines font leurs soldes en Europe »

La France a longtemps eu le beau rôle dans ce petit jeu capitalistique, elle ne l’a plus. Et surtout, elle ne l’a plus à l’époque où l’argent triomphe comme jamais, dans la pauvreté spirituelle mondiale.

Autre bonne nouvelle, parue dans Libération du 6 janvier : « Les banques américaines font les soldes en Europe ». On peut y lire que « depuis des semaines, de nombreuses sociétés financières et compagnies outre-Atlantique profitent de la crise de la dette pour faire des affaires en Europe ». Apparemment, pas encore en France, mais ça devrait arriver. Un banquier amerlock commente ainsi : « Il y a soudain de jolis coups à faire de l’autre côté de l’Atlantique pour les firmes américaines et elles n’ont aucune raison de se priver. Si les banques européennes sont contraintes de céder certains de leurs actifs à des prix plus que compétitifs, alors d’autres vont les acheter. C’est la loi du marché, non ? » Que répondre à une si limpide dialectique ?

Il est bien évident que l’ensemble des peuples Européens, en refusant de donner trop de leur souveraineté à l’entité « Europe », donnent le fouet pour se faire battre. On ferait mieux de se dépêcher de s’unir pour reprendre quelques forces plutôt que de vouloir la jouer solo avec, comme seule possibilité à l’horizon, celle de se faire grignoter lentement mais sûrement.

Qu’est-ce qu’être Européen ? Qu’est-ce qu’être Français ? Question difficile. Mais rassurons-nous, un jour, si l’on continue ainsi, on n’aura même plus besoin de se la poser.

 Crédit photo : freefotouk / Flickr
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