Honte à Georges Clemenceau, ce DSK qui s’ignorait

Luc Ferry est scandalisé que Hollande révère le colonialiste Jules Ferry : il aurait préféré honorer Clemenceau. Comment ne pas s’insurger à notre tour contre Luc Ferry qui souhaitait honorer Georges Clemenceau, ce DSK de début du siècle.

Luc Ferry a des colères parfaitement saines. Ainsi, il regrette que François Hollande, normalissime président de la République, honore Jules Ferry (aucun lien, on s’en doute), infâme colonialiste et accessoirement fondateur de l’école républicaine, celle-là même qui s’écroule, aujourd’hui, sous nos yeux. Luc Ferry, auteur d’ouvrages aussi contournables que Qu’est-ce que l’homme ? et Qu’est-ce qu’une vie réussie ?, aurait préféré honorer la mémoire de Georges Clemenceau.

Et là, tout citoyen normal et moral comme moi s’insurge. Clemenceau, quelle horreur ! Clemenceau, une tache sur notre drapeau. L’apôtre immonde de la guerre qui envoyait nos poilus à la mort : « Ni trahison, ni demi-trahison : la guerre ! », disait-il. Celui auquel les députés de gauche, en 1917, n’avaient pas accordé leur confiance lors de sa nomination ! Et que lis-je encore sur sa fiche Wikipedia ?! « Pour soutenir l’effort de guerre, Clemenceau pourchasse les pacifistes, les défaitistes, les « embusqués » et fait également pression sur la presse favorable à ces mouvements sans pour autant utiliser la censure. » Anti-démocrate, en plus !

Savez-vous que c’est Clemenceau, le premier, qui a été surnommé « premier flic de France », en bon idéologue du sarkozysme tendance karcher ? Faut-il aussi rappeler que ce lâche de Clemenceau, non content de promouvoir la guerre, avait fait tirer, à plusieurs reprises, sur des ouvriers manifestant, causant plusieurs morts dans leurs rangs ? Et on voudrait poser des fleurs sur le tombeau de ce meurtrier ? C’est à n’y rien comprendre.

Mais là n’est pas le plus grave. Savez-vous que ce sale moustachu était un coureur de jupons invétéré, et qu’il faisait preuve, à l’égard des membres du beau sexe à qui chacun de nous doit un respect net et sans bavures, d’une attitude très « hussardière » ? Autrement dit, à-la-DSK ? Plus grave encore : à 83 ans, Georges Clemenceau, ce héros de pacotille vanté par les hérons de la droite en mal d’ordre, a épousé une femme de quarante ans sa cadette. Il tombe sous le sens qu’un homme capable de tant de lâcheté, de mauvais goût, bref de tendances pédophiliques déguisées, ne mérite pas même une ligne dans un dictionnaire.

C’est pourquoi je proposerais que l’on honore la mémoire d’un vrai grand Français. Par exemple, Louis XIV. Allons vérifier sa vie. J’ouvre une biographie de lui, et, hélas, qu’y lis-je ? « Un jour, Louis-le-Grand, déçu par une amante, aurait dit : « Les femmes, toutes des salopes ». » Encore raté.

De Gaulle, pourquoi pas ? Ah non. Il était friand, selon un témoignage anonyme, de ces pâtisseries que l’on appelait jadis « Têtes de nègre ». Raciste patenté et militant, donc.

Il ne nous reste plus qu’à célébrer Luc Ferry. Il faudra s’y faire. Les hommes moyens, normaux, ennuyeux à en mourir, c’est tout ce qu’il nous reste une fois que la police de la moraline a fait le ménage.

Crédit photo : Richard G. Hilsden / Flickr
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4 Responses to Honte à Georges Clemenceau, ce DSK qui s’ignorait

  1. AB says:

    Vous ne retenez de Clémenceau que ce qui vous arrange.
    Quid du jeune radical siégeant à l’extrême-gauche du palais Bourbon, de celui qui défendit l’amnistie des Communards, de l’anticolonialiste, du républicain laïque, du dreyfusard ? Quid du pacifiste de la première heure, censuré au début du conflit, résigné à se battre pour la liberté, à user de tous pouvoirs pour sauver l’intégrité nationale – autoritaire, mais toujours transparent ?
    Pour user à son endroit d’une formule de sa création, Clémenceau « est un bloc, un bloc dont on ne peut rien distraire, parce que la vérité historique ne le permet pas. » Un bloc solidement ancré dans notre passé républicain, et l’un des plus grandioses personnages du siècle dernier. Et que dire du vieil homme en fin de vie, du solitaire aux sorties lumineuses comme des éclairs dans les ténèbres de la mort : devant la correspondance d’une vie jetée dans sa cheminée : « Je suis assez partisan du feu. On ne brûle jamais assez. » Ou encore, à quelques mois de la mort : « Le Néant est bien supérieur au Paradis – le Paradis est une amélioration, le Néant, une perfection… »
    Alors oui, je lui passe ses juponeries, son style brutal et tout le reste, car le Tigre peut se targuer d’avoir cédé aux générations futures ce que les « idéologues du sarkozisme » auxquels vous l’assimilez ne laisseront certainement pas : « de la grandeur, et puis du style. »
    Mais si vous préférez ne retenir de l’histoire que les personnages ternes ou immaculés, si vous n’aimez pas les demi-teintes, les parts d’ombre, libre à vous. Nos enfants vous sauront gré de leur avoir livré une histoire aussi policée…

    • Bonjour, je vous remercie pour votre commentaire auquel je souscris à 100 %. Le fait est que mon article est presque entièrement ironique, et tend précisément à montrer que notre époque finira par ne tolérer rien d’autre que la normalité fade. Je pense que vous n’avez pas eu le temps de lire mon article jusqu’au bout, puisque je crois que la fin est assez claire (et, pour le coup, à lire au premier degré) : « Les hommes moyens, normaux, ennuyeux à en mourir, c’est tout ce qu’il nous reste une fois que la police de la moraline a fait le ménage. »

      • AB says:

        En effet, je suis parti au quart de tour. Veuillez excuser mon incompréhension. Déformation professionnelle oblige, j’ai oublié comment lire, et ne sais plus que survoler. Et au moment d’aborder les derniers paragraphes de votre article, je n’y lisais plus vraiment clair…
        Il est tellement courant aujourd’hui de lire des propos tels que ceux de M. Ferry… Vomissant cette aseptisation du vivant, je me suis juré d’attaquer systématiquement ce genre d’apologie de la pauvreté intellectuelle. Je suis bien heureux de me trouver de votre avis, votre article prend maintenant tout son sens. Vous avez de plus eu la finesse d’user du second degré, à laquelle ma nervosité ne peut s’autoriser sans tirer le trait jusqu’au grotesque… La finesse serait-elle devenue si rare que je ne la démasque plus ?

        • Haha, pas d’excuses, je vous en prie. Et sachez que je ne compte plus les fois où je me suis « fait avoir » de la même manière ! Comme vous dites, nous sommes tellement agressés, en permanence, par les folies modernes qu’on en vient à perdre un peu de lucidité… Lorsque l’on entend un propos d’une bêtise tragique, on se dit que la situation est à ce point perdue qu’un homme serait bien capable de le formuler sérieusement ! Quant au second degré, c’est une sorte de système d’auto-défense que je tente d’adopter de plus en plus systématiquement, dans un souci de protection personnelle. Je risquerais, à défaut, de passer ma vie en colère, ce qui serait regrettable.

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