LGBT, FEMEN ou les Possédés de la modernité

L’agitation de certains militants FEMEN ou LGBT pro-mariage homosexuel offre un exemple assez frappant de l’hystérie moderne qui fait du « progrès » un enjeu religieux.

Comme l’avait diagnostiqué Philippe Muray dès le début des années 90, la montée en puissance de Festivus festivus, ce militant à roller qui baigne dans la naïveté morale, est plus qu’une tendance sociale. Nous assistons à l’établissement d’un véritable ordre, et Muray a eu assez de culot et de finesse pour le qualifier ainsi très tôt. Il y a un ordre festif comme il y eut un ordre patriarcal, et tout ce qui se passe aujourd’hui sur le front du mariage gay semble confirmer cette thèse. 

Les progressistes sont tout bonnement des possédés. Muray l’avait proposé dans Festivus Festivus, parlant du moderne « en tant que tentation démoniaque, en tant que possession ». L’ennemi du rebelle à roulettes est clairement identifié : la judéo-chrétienté, vue comme l’héritage infernal. Les modernes croient rejeter le religieux en faisant la guerre aux cathos, sans réaliser qu’ils sont, eux-mêmes, les tenants d’une nouvelle sorte de foi progressiste, détachée de tout soc culturel.

L’ennemi du Moderne : le chrétien

Ce n’est pas le mariage homo en tant que tel qui est problématique, mais l’état d’esprit avec lequel il est en passe d’être promulgué.

Les homosexuels veulent-ils seulement les mêmes droits que les hétérosexuels ? En partie. Prenons les chiffres espagnols concernant le mariage gay, permis depuis 2005. Il a représenté, entre 2005 et 2011 1,8 % des mariages en Espagne (soit plus de 20 000 mariages en six ans). Pas tout à fait un raz-de-marée. Autrement dit, ce que l’on nous sur-vend comme « avancée majeure » n’a pas l’air si majeur que ça.

L’affrontement, ici, est surtout symbolique et même idéologique : il s’agit moins de simplifier la vie d’une poignée de gays que d’essayer d’humilier l’héritage chrétien en détournant de son sens le mot « mariage ».  Il faut marcher sur les plates bandes de la tradition chrétienne, vue depuis la révolution française sous une seule interprétation caricaturale : celle du mépris du corps. A l’inverse, certains homos sont intimement persuadés jouir à l’inverse du reste de la race ; le slogan « Nous, on jouit » est en effet l’un des messages forts des rassemblements LGBT.

Une autre preuve que tout cela repose sur une révolte envers les résidus d’Église : lorsque des religieux se prononcent contre le mariage gay, on simplifie immédiatement : des cathos s’opposent au mariage gay. Or, les institutions juives et musulmanes se sont aussi prononcées contre le mariage gay. Mais ces deux religions ne font pas partie, pour l’instant, des ennemis héréditaires de la modernité galopante. La religion musulmane bénéficie même d’une certaine mansuétude. Elle est plutôt laissée tranquille par le courant progressiste qui, comme un adolescent en crise, n’en finit plus de vouloir mettre en accusation sa culture traditionnelle car il n’arrive pas à jouir de sa pseudo-libération comme il était sûr de pouvoir le faire.

Peut-on être biphobe tout en étant homophile ?

Quand on ne parvient pas à jouir comme espéré, on cherche un coupable qui serait celui qui nous empêche de jouir. Pour un antisémite, par exemple, le juif est celui qui l’empêche d’accéder aux richesses, au pouvoir ou aux femmes. Pour un progressiste, le principe est le même, sauf que le modèle-obstacle sera le réac’ à tendance catholique.

Comme dans toute stratégie idéologique qui ne se sent plus, il s’agit pour le moderne de s’inventer des ennemis tyranniques, comme l’Église, montrée du doigt alors même qu’elle n’a plus qu’un pouvoir très limité dans la France d’aujourd’hui, et les églises sont vides. Mais c’est précisément ce paradoxe qui confirme la thèse que la modernité est une hystérie. Cette modernité qui voit partout des -phobes (homophobes, biphobes, lesbophobes…). Pourtant, si l’on soigne, parfois, des arachnophobes, des agoraphobes ou des avions-phobes, je crois qu’on n’a jamais soigné de transphobes ou de xénophobes.

Par ailleurs, je ne suis pas sûr que nos spécialistes LGBT des -phobes, qui doivent donc, je suppose, avoir des compétences psychiatriques assez solides pour se permettre d’inventer de nouvelles pathologies mentales tous les quinze du mois, aient vraiment bien fignolé leur affaire. Question toute bête : un homme peut-il être biphobe mais homophile ? Ou encore, peut-on être transphile tout en étant homophobe et lesbophobe ? Ces affections sont-elles compatibles ? Quel est le degré d’intolérance de chaque type de phobie ? Est-il plus grave d’être lesbophobe que transphobe ? Graves questions sur lesquelles, je l’espère, les meilleurs cerveaux réacophobes sont en train de plancher.

Molière aurait fait une pièce magnifique sur l’insondable bêtise de certains de ces modernes. Qu’ils ne croient pas que Molière aurait été de leur côté. Les précieux ridicules, les malades imaginaires, c’est-à-dire ceux qui sont dans le sens de l’histoire, qui détiennent le pouvoir en hurlant que le monde entier veut les empêcher de vivre et de jouir sereinement, ce sont eux.

Les FEMEN, figures de proue du « nous » triomphant

Un exemple typique de cette tendance à l’hystérie sont les FEMEN, ce mouvement de filles qui estiment que montrer leurs seins sur lesquels sont inscrits des messages forts (Fuck Church, par exemple) devant une caméra va être le meilleur moyen de soutenir une cause.

Laquelle, de cause, d’ailleurs ? Un peu toutes en même temps. LA cause. Celle qui passe par la libération de, dans le désordre, les femmes, les homos, les bisexuels, les animaux, l’environnement, etc. Comme le signale le blog de « Un odieux connard » (drôle de nom), ces féministes trouvent tout naturel de se battre pour tous les sujets d’indignation qui soient au nom du féminisme. Par contre, elles considèrent que l’Église sort de son rôle lorsqu’elle s’exprime sur le mariage. Arrivent-elles ainsi à faire oublier à certains que le mariage est une invention chrétienne ? Et qu’à ce titre, il ne paraît pas aberrant que l’Église ait quelque chose à en dire ? Qu’on n’emploie plus le mot « mariage », et l’Église les laissera tranquille. Mais, comme dit plus haut, nous avons affaire à une guerre de religion, pas simplement à une simple question sociale. Il s’agit de lutter pied à pied, mot à mot.

Ainsi, les FEMEN aimeraient nous guider vers une espèce d’amnistie planétaire, de reconnaissance mutuelle géante. Quelque chose qui ressemble à s’y méprendre à un projet matriarcal. Issu de la tendance très maternelle à vouloir arrondir les angles, prévenir les conflits, ne pas mettre en avant les différences, diffuser une subtile propagande, contrôler les vies privées, employer le « nous » à tous bouts de champs. Bref, tuer la possibilité d’être un homme dans la foule, militer bec et ongle pour une uniformisation généralisée des consciences, des physiques, des visions de l’existence, avec comme objectif final de pouvoir élever nos enfants dans la quiétude. Et tout cela, pourrait-on dire, à coup de seins.

En cela, il semble que se dessine devant nous un retour à l’archaïque communautaire. Ce n’est pas un scoop, le film Matrix naviguait dans ces eaux-là. Philippe Muray parle, quant à lui, de primitivisme assisté par la cybernétique comme religion de demain. Tout un programme ! La liberté des femmes et des LGBT, là-dedans ? Sujet totalement accessoire, il serait temps qu’ils et elles s’en rendent compte.

Les méthodes des FEMEN, une caricature de christianisme

Ces FEMEN ressemblent donc à une sorte de mouvement de fanatisme religieux qui ne se reconnaîtrait pas comme tel. Il tire son énergie de la naïveté à croire qu’il existerait, à la base de ce monde, une nature féminine et caressante, foncièrement juste et égalitaire, trop souvent corrompue par des instincts mâles, identitaires et réacs’.

On peut en déduire qu’il y a certainement, chez ces militantes, une incapacité à porter un regard lucide sur elles-mêmes. Mais faut-il attendre autre chose de la part de personnes apparemment subjuguées par la valeur politique de leur poitrine ? Ainsi proposent-elles, pour sauver le monde, un retour à la valeur-refuge du sein. Aucune autre subtilité n’est, selon elles, nécessaire.

Il n’y a plus là de pensée, mais un recours à une symbolique lourde. Auriez-vous le culot de trouver un argument à répondre face à nos mamelles nourricières ? Seriez-vous capables d’être violents à l’égard d’une mère potentielle qui se présente à vous, nue ? Les ressorts utilisés par les FEMEN sont très puissants, et pour cause : ils tirent en grande partie leur force de l’enseignement de Jésus, comme le rappelle Francis Métivier sur lenouvelobs.fr. « Face à l’intégrisme, l’idée chrétienne ‘Si l’on frappe la joue droite, tends la joue gauche’ constitue la provocation par excellence. Je te tends la joue gauche et nous allons voir jusqu’où va ta stupidité. L’acte des FEMEN est de l’ordre de la même provocation. »

Les FEMEN ont mis à contribution cette posture non-violente avec succès, puisque des extrémistes de Civitas ont étalé leur impuissance en violentant certaines d’entre elles. Le problème, c’est que les FEMEN attaquent les chrétiens en utilisant des « méthodes » chrétiennes. Difficile de se tromper davantage ! Elles sont elles-mêmes une parodie de christianisme, luttant contre une autre parodie de christianisme représentée par Civitas.

Il faut bien voir qu’il n’y a donc pas d’un côté des laïcs, et de l’autre des religieux. Il y a deux religions qui s’affrontent, et qui sont toutes de l’ordre du sous-christianisme. En fin de compte, ce n’est peut-être pas à proprement parler le christianisme qui est rejeté en bloc dans notre société, mais sa version  modérée, sage, celle qui tient compte de toutes les subtilités de la condition humaine, de la différence irrémédiable entre les sexes, etc.

Valoriser l’exhibitionnisme, pour mieux surveiller

Par ailleurs, l’exhibitionnisme des FEMEN (exhibitionnisme qui est par ailleurs la dimension du sexe qui intéresse le plus les femmes), doublé à leur recherche effrénée de médiatisation, bref leur naturisme politique (« la nudité, c’est la liberté » est un de leur message d’espoir) est tout ce qu’il y a de plus moral.

Les FEMEN sont en fin de compte beaucoup moins rebelles qu’elles ne se l’imaginent. A l’heure où l’exhibitionnisme gagne, chaque jour, des parts de marchés, le défi auquel est confronté une personne attachée à sa liberté est plutôt de parvenir à conserver son intimité physique et morale. A entretenir une confidentialité radicale quant à ses mœurs. En baissant leur soutien-gorge (et s’assurant du coin de l’œil qu’un journaliste aux ordres et des caméras assoiffées d’images-chocs soient là pour assurer le service après-vente), elles ne font que se soumettre au diktat de l’époque qui nous serine que plus on se montre, plus on se raconte, et mieux l’on se porte, plus l’on jouit, plus les libertés avancent. Cette promesse en chocolat, qui ne trompe que les personnes immatures politiquement, vise avant tout à nous rendre beaucoup plus facilement contrôlables, prévisibles.

Nous voilà donc serrés de plus en plus près par la surveillance. Face à cette problématique, à mon sens, mille fois plus significative que le « mariage pour tous » et autres sous-sujets qui nous paraîtront dans cinquante ans, on peut le craindre, complètement à côté de la plaque compte tenu des dangers qui nous menacent (écologie, nucléaire, crise de la dette…), aucun des mouvements de « libération » n’apporte argument ni éclairage. Ce n’est pas leur rôle, qui est celui de l’enfumage puéril, de la confection au quotidien de la petite drogue qu’on appelle « progrès social » dont a besoin une époque pour se dire qu’elle est plus vertueuse que la précédente (c’est-à-dire plus vertueuse que ses parents). Alors que, comme les précédentes, elle est d’abord une entreprise de déni de la catastrophe qui se précise, fonctionnant sur le moteur de la volonté de puissance de groupes identitaires adverses. Pourquoi se jalousent-ils ? Parce qu’ils sont livrés à leur vanité, et ici l’exemple des FEMEN, amoureuses de l’image qu’elles renvoient, vaut de l’or.

Le bon vieux rêve communiste fait encore la loi

Philippe Muray a aussi touché juste en écrivant Le XIXème siècle à travers les âges : les progressistes n’ont toujours pas pris en compte les  enseignements du XXème siècle. En particulier les résultats, en termes de nombre de cadavres, du communisme. On continue de penser que le communisme a échoué dans ses moyens mais qu’il avait raison sur l’objectif communautaire. Nous n’avons pas pris acte que tout délire communautaire n’aboutit qu’à la surveillance généralisée, que l’on cache sous les beaux noms d’égalitarisme et de transparence. Surveillance des pensées, contrôle des corps et de la quantité de jouissance qu’ils ressentent. Nous continuons donc à vivre dans le rêve brumeux et adolescent du XIXème. Le fantasme socialiste.

C’est avant tout pour cela que des milliers de manifestants à travers la France, je crois, ont exprimé leur désaccord avec le mariage gay. Non pas par opposition à l’homosexualité, pour la quasi-totalité d’entre eux. Juste pour essayer de signaler que la course en avant du progrès menaçait de devenir folle car elle est aveuglée par une foi naïve donc dangereuse. On peut tout reprocher à l’idéologie chrétienne, mais le moins que l’on puisse dire c’est que la théorie du péché originel n’était pas naïve sur la nature profonde de l’homme. A la lumière de l’individualisme borné des temps présents, qui tire son carburant de l’excitation toujours plus intense du narcissisme de chacun par le marketing et l’exhibitionnisme, elle prend même un coup de jeune inespéré.

Crédit photo : Joseph_Paris, Storm Crypt


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3 Responses to LGBT, FEMEN ou les Possédés de la modernité

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  2. Ardwenn says:

    Très bon…
    Mais juste une petite remarque en passant…
    Le terme « matriarcat » possède une signification précise: il s’agit de sociétés ne connaissant ni mariage coercitif ni caste guerrière dominante, où la propriété collective domine, où les décisions sont prises en commun, et où la sexualité naturelle ( génitale ) sert de base à la religion.
    Les FEMEN sont nettement l’expression d’un patriarcat qui tente de se renouveler, en mettant en avance l’image de « femmes guerrières » porteuses de fantasmes.
    A moins d’être franchement masochiste, on n’aurait guère l’idée de proposer à une « FEMEN » un moment de douceur….

    • Bonjour,

      Merci pour votre commentaire. Je crains que vous n’ayez que trop raison. J’ai tendance à opposer patriarcat et matriarcat, les choses sont certainement plus subtiles. C’est vrai que le néo-féminisme (« Osez le clito » qui veut concurrencer « Oser le phallus », les Femens…) ressemble beaucoup à du « machisme ». Cela dit : ces excitées du bocal ne finiront-elles pas, comme 90% des femmes, mères soucieuses en premier lieu à ce que leurs progénitures boive du lait stérilisé et puissent, une fois par semaine au moins, avoir droit à un menu végétarien à la cantine de leur école ? J’ai l’impression que ces formes « violentes » de féminisme ne sont que l’écume des vagues, et qu’au fond, ce qui monte en puissance, c’est la grande marée égalitaire (enfin quelque chose qui corresponde à votre définition du matriarcat). Il y a ce paradoxe des Femens de hurler des slogans de paix. Elles hurlent, mais au fond ne demandent que le respect de chacun, la fin des guerres, etc.

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