DSK, l’homme qui voulait vivre sa vie

En bonne position pour décrocher le plus beau job du monde, président de la République, DSK a peut-être commis l’irréparable. Mais a-t-il jamais voulu devenir président de la République ?…


Incompréhensible, aberrant, effarant. Fou. On imaginait, bien sûr, que DSK allait être titillé, à un moment ou à un autre de la campagne, sur ses penchants trop marqués vers le beau sexe, et ses manières parfois lourdingues. Mais qui imaginait que l’on passerait dans le domaine de l’agression ?

Le syndrome de l’enfant gâté ?

Tout cela nous fait penser à un autre exemple : Zidane, qui, le 9 juillet 2006, voulait marquer de son empreinte la finale de la coupe du monde ; à dix minutes de la fin, il n’a pas supporté l’idée de devenir un perdant parmi d’autres. Il lui fallut donc empocher la soirée d’une autre manière, devenir le perdant qui gagne : réflexe enfantin du gosse qui casse son jouet s’il ne répond plus à ses désirs.

DSK était en pôle position pour la présidentielle de 2012. Si les allégations contre lui sont vraies, tout indique qu’il a cassé son jouet. Pourquoi ? D’une certaine manière, c’est le Zidane de la politique française. Tout en charisme, en relâché, en détente, un ministre de l’Économie respecté par ses collaborateurs et ses ennemis, le type plutôt rassembleur qui réussit aux Etats-Unis, bref le winner authentique qui, cerise sur le gâteau, a des facilités avec les femmes, à l’aise avec elles comme Zizou avec la balle – et parfois même beaucoup trop « à l’aise ».

DSK aime trop sa liberté pour la sacrifier au pouvoir

Mais, au fond, DSK n’a peut-être jamais voulu être président de la République. Comme toutes les personnalités marquées d’un incompressible désir de liberté absolue parfois problématique, il ne s’est peut-être jamais senti fait pour les postes suprêmes, où l’on est trop surveillé, souvent contraint. Son désir est incompatible avec de tels objectifs. Car se permettre trop de libéralités, comme il aime à le faire, entraîne dans tout corps social des frictions, des reproches, des remises en cause. La liberté implique toujours le risque de nous faire déborder des cadres – sinon ce n’est pas de la liberté –  jusqu’à commettre parfois des actes inacceptables et répréhensibles, cela va sans dire,  lorsqu’ils prennent la forme d’une agression.

DSK ressemble à certains de ces dilettantes talentueux qui se reposent sur leurs acquis pour vivre confortablement, profitant des opportunités seulement quand elles leur passent sous le nez, mais qui n’ont pas, chevillé au corps, le goût du pouvoir. Il n’est pas vraiment le profil du froid dominateur, du requin, du tueur. Le seul pouvoir qui l’intéresse, c’est peut-être d’être lui-même, imperfections comprises.

Il est possible que, ce matin-là, à l’hôtel Sofitel, le corps de DSK ait tout simplement employé les grands moyens pour reprendre ses droits, dans un pathétique retour à la réalité la plus triviale, la plus régressive. Non, je ne veux pas être président, cela ne me ressemble pas, je ne pourrai jamais rester ascète pendant cinq ans. Je vais me griller définitivement et je serai à nouveau libre. Un radical retour à la liberté du mâle en prenant le risque que tout finisse très mal.

« Comme président, il aurait été dangereux »

Une théorie proche est celle de l’écrivain Luis de Miranda, dans Libération du 16 mai : « L’esprit en lui s’est rallié à l’animal pour effondrer d’un geste vif la machine qui s’édifiait autour de lui, telle une prison prévisible et dangereuse. (…) Comme président, il aurait été dangereux et, au fond, il le savait : une sorte ‘d’hyper-Sarkozy’. » Son corps humain, trop humain pour la mécanique des jeux de pouvoir, aurait alors préféré le roman, la fugue, odieuse au besoin, l’authenticité, le sursaut, le coup de tripes.

En général, atteindre un poste suprême demande des caractéristiques inverses : maîtrise de soi, froideur profonde, désintérêt pour tout ce qui n’est pas directement lié au pouvoir – donc désintérêt relatif à l’égard du sexe et des femmes. Que l’on considère les Sarkozy, Obama, Merkel, Chirac, Mitterrand, véritables machines de guerre comparé au rond, chaleureux, névrosé-bon-vivant, plutôt satisfait de lui-même et de sa vie, DSK. A la limite, pour être président, il lui manque soit de l’orgueil (type Obama), soit de la frustration (type Sarkozy). Deux « qualités » que l’affaire actuelle, si elle se résout rapidement et en sa faveur, pourrait lui donner.

Mais pour l’instant, DSK donne tout simplement l’image de l’homme qui voulait vivre sa vie.

Crédit photo : bixintx / Flickr

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