Les mots d’Obama révèlent le déclin de l’Amérique

Deux phrases extraites du discours d’Obama pour rassurer les marchés confirment la fin de l’hyperpuissance américaine.

« This is the United states of America ! », a dit à deux reprises Barack Obama, lors de son allocution à la Maison-Blanche, le 8 août dernier. Une intervention destinée à rassurer les marchés après la baisse de la note de solvabilité des États-Unis par l’agence Standard & Poor’s.

Par cette affirmation un peu vaine (« Ici, ce sont les États-Unis d’Amérique »), Obama estime que, quoi qu’on en dise, il est absurde, irréaliste, de dire que les E-U ne sont pas parfaitement, idéalement solvables. Rien ne tachera l’american dream. Il y a quelque chose de touchant, un brin régressif, dans ce tic d’orgueil. On pourrait même dire : quelque chose de George-W.-Bushien. Obama qui se retrouve obligé de dire par deux fois cette sentence, comme si elle allait concourir à régler une partie des problèmes auxquels est confronté son pays, c’est un peu comme lorsque les supporters du PSG, au sortir d’une saison misérable, continuent de chanter « Ici, c’est Paris ! » pour rappeler qu’il y a plus de quinze ans, le PSG avait en effet battu le Real Madrid.

Rappeler sa gloire passé, c’est décliner

C’est aussi une constante dans plusieurs film d’Orson Welles : lorsqu’un personnage en est réduit à rappeler son identité, c’est-à-dire à s’appuyer sur de l’acquis, sur ce qu’on sait déjà de lui, sur sa gloire passée, c’est qu’il se trouve exactement au commencement de la fin, au point de basculement de son destin. C’est le cas dans Citizen Kane (extrait ci-dessous), lorsque le quasi-gouverneur Charles Forster Kane se fait piéger dans la chambre de sa maîtresse, voyant ainsi douchés ses espoirs d’élections. « Don’t worry about me !, hurle-t-il. I’m Charles Foster Kane ! ».

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C’est également le cas dans Mr Arkadin, où le mafieux russe Gregory Arkadin se trouve incapable ne serait-ce que d’acheter un billet d’avion dans un aéroport. Il s’adresse alors, dans une scène grandiose, à la foule environnante : « I want a place on that plane ! I’m Gregory Arkadin ! » Là aussi, l’anecdote signe le début du déclin du personnage.

Ceux qui sont familiers avec les films de Welles peuvent écouter le discours de Barack Obama et constater, dans le ton de sa voix, le même genre d’orgueil assez vain, celui dont fait preuve un grand de ce monde qui n’est plus si grand et trouve absolument insupportable qu’on le lui fasse remarquer. Les États-Unis finiront-ils par nous faire un peu pitié, à force de remuer des mécaniques comme s’ils étaient toujours les number one ?

Lorsque notre parole perd en contenu, on parle plus fort

This is the United states of America ! Le problème, c’est que le besoin de le dire montre de facto qu’il n’est plus du tout évident que les United states of America soient toujours ce qu’ils ont longtemps été, c’est-à-dire la puissance incontestable.

En d’autres termes, dans ce discours de Barack Obama, nous voyons moins un président cherchant à rassurer les marchés qu’un président qui cherche à se rassurer. Les bourses ne s’y sont pas trompées, puisque l’effet de cette allocution présidentielle sur les marchés n’a pas vraiment été significatif. Il est en tout cas drôle de constater que c’est toujours au moment où le langage n’a plus de force, de bien-fondé, c’est-à-dire au moment où il devient de la parlotte, qu’on cherche à le faire entendre comme jamais avec des déclarations fortes ou des tremolos dans la voix.

Une leçon à ne pas oublier pour juger la vie politique française, et même la vie tout court.

Crédit photo : yeimaya / Flickr

D’autres points de vue sur Retour d’actu, dont cet article sur Touch of evil d’Orson Welles, celui-ci qui relativise l’alarmisme ambiant concernant les dettes d’État, cet article également sur l’attitude discutable de l’Amérique dans l’élimination d’Oussam Ben Laden, enfin ce papier sur le fait que les États-Unis n’ont pas vraiment de leçons de morale à donner.

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