Coup de gueule d’un blasé à deux mois des élections

Coup de gueule d'un blasé à quelques semaines des électionsPetit tour des propositions politiques insipides de la campagne présidentielle.

Les élections présidentielles approchent. Et avec elles arrive le florilège des classiques thématiques indispensables pour les gagner. Oui mais voilà : derrière les discours se cache souvent un vide cosmique… pour la bonne et simple raison que nos politiques s’engagent sur des choses qu’ils ne maîtrisent que très partiellement, ou pas du tout. Parfois aussi, les promesses engagent leurs auteurs… sur ce qui existe déjà. Morceaux choisis.

La bataille de l’emploi

La fameuse, l’indispensable grande bataille pour l’emploi est naturellement au cœur de cette campagne. Évidemment, c’est selon toutes les études la priorité number one des électeurs ! De l’extrême-gauche à l’extrême-droite, chacun s’ingénie à imaginer les recettes pour y répondre. A coup de création d’emplois tremplins, à coup de lâchage de leste dans les charges des entreprises, on promet le retour à une situation « où chacun ait sa place ».

Oui… sauf que l’emploi est au cœur de la quasi-intégralité des campagnes présidentielles depuis la fin de la croissance à 5%… et même avant ça. Il est amusant (… tout est relatif !) de constater que la Constitution de 1791 disposait déjà dans son titre premier qu’ « il sera créé un établissement général de secours publics, pour élever les enfants abandonnés, les pauvres infirmes et fournir du travail aux pauvres valides qui n’auraient pu s’en procurer » Bref, les préoccupations étaient sensiblement les même il y a deux siècles. Et depuis grosso-modo 1974, droite et gauche se sont échinées à « relancer la croissance » pour « réduire le chômage ». Mais si elles ont parfois limité la casse, elles n’ont jamais trouvé la recette miracle pour faire diminuer durablement le nombre de sans-emplois.

Pourquoi ? Tout simplement parce que si l’on peut plus ou moins agir sur les conditions de la croissance, la croissance elle-même ne se décrète pas, et va encore moins se chercher avec les dents. Chaque année absorber le « surplus » de travailleurs qui arrive sur le marché du travail est une épreuve de force. Mais le reconnaître serait une erreur politique majeure. « Afficher son volontarisme » est plus vendeur. Pourtant, une petite comparaison entre le taux de chômage en France avec celui des Etats-Unis et de l’Union européenne montre que l’hexagone suit peu ou prou la tendance sur le long terme. Ce qui laisse supposer que les décisions politiques ne permettent d’agir, au mieux, qu’à la marge.

L’honnêteté politique pousserait donc à passer le message suivant : « Ecoutez, on voit bien que beaucoup d’entre vous sont sur le carreau. C’est très clair : il n’y a pas assez de boulot pour tout le monde, et c’est encore plus dur pour les nouveaux entrants, les chômeurs de longue durée et les personnes sans qualification particulière. On le sait, et tout le monde le sait depuis 40 ans. Alors on va faire tout ce que l’on peut pour vous. Mais si un connard de banquier américain décide de nous réinventer une nouvelle version de subprimes, si on continue à se faire rétamer par la concurrence étrangère pour vendre nos produits, ou si le prix des matières premières se remet à flamber, alors clairement, on l’aura dans le c… Et vous aussi. »

A gauche comme à droite, on continue pourtant à s’engager sur la croissance et sur des résultats économiques. Chômage à 5% en 2012. Qui disait ça, déjà ?

Le « made in France »

Ca, c’est nouveau ! le « Made in France », le  »Buy in France »… Mais ça doit plaire, puisque tous nos politiciens ont bondi sur le thème et hurlent aujourd’hui contre les méfaits de la désindustralisation. Credo commun de l’extrême gauche à l’extrême droite en passant par le centre : il faut garder nos usines, il nous faut des ouvriers.

Certes… mais quand on regarde la réalité en face, ça donne quoi ? Ca donne que des pays asiatiques produisent en masse et pour des coûts ridiculement moins élevés que les nôtres Ca donne que la Chine est l’atelier du monde, avec en prime un marché qui représente potentiellement le quart de l’humanité, qu’elle s’arme des technologies nécessaires pour le futur, et qu’elle peut investir ses excédents commerciaux partout dans le monde. Ca donne que l’Amérique du Sud a d’autres moyens que les nôtres pour pratiquer une agriculture à grande échelle. Ca donne que pour s’aligner même sur l’Allemagne en matière d’exportations, il y a encore du boulot.

On se gausse avec le luxe, le haut-de-gamme et la technologie… Mais le fait est qu’on ne gagne pas une guerre économique avec des bijoux, de la maroquinerie et quelques Rafales. On peut s’échiner à baisser les charges de nos entreprises : elles ne produiront jamais moins cher que les Chinois. On peut menacer de sanctions nos patrons qui délocalisent : que leur importe tant que les coûts de production seront ce qu’ils sont au Maroc ? Pour le « made in France », il faut plutôt chercher du côté de la boulangerie, ou l’on achète son pain chaque matin, ou de l’aide à domicile qui vient faire la toilette de sa vieille grand-mère. Parce que ça, on est à peu près sûr que ce n’est pas délocalisable. Pour le reste… on peut éventuellement renationaliser, et produire effectivement en France. Tout en essayant de convaincre les Français de payer leur voiture ou leur Ipad quatre ou cinq fois plus cher.

Le pouvoir d’achat

C’est moins à la mode. Il faut dire que marteler ce slogan comme en 2007 ressemblerait à une provocation. Mais le thème est toujours là, sous-jacent, but avoué de mieux-être. Il faut donner aux Français les moyens de consommer, c’est une règle d’or. Pour la santé de nos entreprises, il faut même les inciter à claquer le plus possible, dans l’utile et le futile.

Sauf que là aussi, les leviers d’action sont minimes, pour ne pas dire inexistants. Que fait-on aujourd’hui pour augmenter le pouvoir d’achat ? On augmente le SMC et les salaires ? Allez donc expliquer ça aux entreprises… On augmente les aides sociales et l’intervention publique ? Mais les caisses sont plus que vides, ma bonne dame…

Alors concrètement, encore une fois, on joue sur les marges pour faire semblant de faire quelque chose. Nicolas Sarkozy propose aux faibles salaires de gagner 1000 euros de plus par an. Soit 83 euros et des poussières par mois, ce qui ne révolutionne quand même pas le paysage économique. Quant à François Hollande, il suggère de revoir le dispositif du quotient familial au profit des plus pauvres. Là encore, un petit redéploiement peut-être utile, mais au fond sans doute plus symbolique qu’autre chose.

Le problème, c’est que, sauf à se résoudre à l’insensée solution lepeniste (endetter l’Etat à hauteur de 20 milliards d’euros supplémentaires par an pour augmenter massivement les petites salaires), on ne voit pas tellement comment il est possible d’élever le pouvoir d’achat de manière notable.

Le coût du travail

C’est un peu plus affiché par la droite que par la gauche. Et un peu contradictoire, d’ailleurs, avec l’idée précédente… mais peu importe : on martèle depuis cinq ans que le travail est trop cher. En cause : ces maudites charges sociales que paient les entreprises. Ben oui, puisqu’on a une Sécu (quelquefois bien utile) et qu’il faut donc des ronds pour la payer… Ca coûte, c’est vrai, un peu d’argent : quelques centaines de milliards par an.

Alors pour produire moins cher, la solution est simple : on n’aurait qu’à foutre en l’air pour de bon tout ou partie des branches de la Sécurité sociale. Mais là, curieusement, nos politiques sont un peu moins décidés. D’un côté comme de l’autre de l’échiquier politique, on se fait quand même les spécialistes de la baisse des cotisations : quand on embauche un jeune et que l’on garde un senior, quand on embauche un salarié en alternance… Mais dans les discours, le travail en France reste quand même toujours trop cher, sans que l’on puisse y faire grand-chose.

A la limite, si on se décidait à taxer vraiment les mouvements de capitaux au niveau mondial, on aurait peut-être de quoi voir venir, en France et ailleurs, et on pourrait effectivement peut-être baisser un peu ces charges qui pèsent sur les entreprises. Mais on en est à peine à réintroduire sous une autre forme le minuscule impôt de bourse supprimé en 2008 (taxation sur les gains des actions). Bref, la taxation du travail a encore de beaux jours devant elle.

Redonner la parole au peuple français

C’est une mode constante tous les cinq ans. Durant le précédent quinquennat, les Français sont supposés n’avoir pas été suffisamment entendus. Ils ont perdu la parole. Il faut donc la leur rendre. Pour cela, les idées ne manquent pas. A droite, on suggère le référendum, arme de consultation massive… que, curieusement, on n’a pas utilisée quand il s’agissait de réformer les retraites ou de faire voter une forme « light » de la Constitution européenne rejetée (par référendum…) quelques années plus tôt. A gauche, toujours dans le but d’une démocratie réaffirmée, on offre le droit de vote aux étrangers pour les élections locales, sachant que les étrangers de l’UE ont déjà ce privilège et s’abstiennent massivement à chaque consultation.

Et pour garantir « un nouvel élan à la démocratie » (c’est quoi, au fait la différence entre une démocratie « avec élan » et une démocratie  »sans élan » ?), on garantit l’indépendance de la Justice (comment, ce n’était pas déjà le cas ?), on renforce les « libertés locales » en supprimant le conseiller territorial (ce qui signifie que l’on garde ce qui existe) et on s’engage à consulter les partenaires sociaux pour chaque réforme (ce qui se fait déjà, ça ne mange pas de pain de consulter).

Et régulièrement, nos politiques constatent que les Français ne croient plus en la politique. C’est fort curieux.

Crédit photo : Jacques Auxiette / Flickr

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