Au pape : « Benoît, barre-toi, ils sont devenus fous ! »

Après la démission du pape, la même expression revient : Benoît XVI n’était « pas en phase avec la société ». Mais à considérer cette « société », est-on vraiment sûrs de vouloir être en phase avec elle ?

Retour d’actu laisse ici la parole à un camarade étranger qui réagit à la réception de la nouvelle de la démission du pape Benoît XVI en France. Un point de vue un peu naïf, mais qui nous a paru intéressant.

« Je profitais de mes vacances en France, quand la nouvelle est tombée : le pape Benoît XVI démissionne ! Une expression revient sans cesse dans la bouche des Français, à propos de cela : « c’est bien qu’il soit parti, car ce pape n’était pas en phase avec la société » (autre formulation : « ce pape était rétrograde »). C’est bien souvent la première chose que me disent les personnes que j’interroge sur le sujet. Je suis intrigué par ce consensus, qui laisse entendre que l’atmosphère moderne est si enthousiasmante qu’elle doit au plus vite se débarrasser des personnalités qui veulent freiner son épanouissement.

Un pays où même les lasagnes nous trompent

J’ouvre donc un journal pour me faire une idée des valeurs que défend cette société poussée en avant par le vent du progrès. La première chose sur laquelle je tombe, c’est cette étrange histoire de lasagnes. La modernité que l’on appelle ici « capitalisme » ou « consumérisme » amène ainsi des cuisiniers à vouloir faire passer du cheval pour du steak haché. Un article du journal « Le Monde » fait même le parallèle entre cette crise des lasagnes et la grave crise économique qui fait souffrir des millions de gens depuis des années : « La complexité croissante des marchés sous l’effet de la mondialisation qui se rit des frontières, la concurrence exacerbée et l’entrelacs de systèmes de production créent de plus en plus d’incertitudes. Chaque pièce de chaque puzzle repose sur un savoir de plus en plus pointu et détenu par un nombre de plus en plus réduit d’individus. » Considérant tout cela, je me dis qu’il n’est peut-être pas si mal d’être un brin rétrograde. Surtout dans la mesure où le Vatican semble tout à fait hors de cause dans l’affaire des lasagnes. Mais également dans celle des « subprimes ».

J’ai dit ça à quelqu’un dans la rue. Il s’est tout de suite indigné : « Mais c’est surtout sur la question du préservatif et du mariage gay que ce pape est rétrograde ! » J’ai demandé à son voisin, qui m’a dit : « Mais c’est surtout sur la question du mariage gay et du préservatif que ce pape n’est pas en phase avec la société ! » Je me suis donc renseigné sur ces deux sujets ; mais j’avoue avoir du mal à les prendre au sérieux, surtout compte tenu des périls dont parle l’article du « Monde ». Sur le problème du préservatif, je ne suis pas sûr que cela soit le rôle d’un guide spirituel de s’exprimer noir sur blanc sur un sujet précisément sexuel.

« Les modernes se croient héroïques, ils me paraissent nostalgiques »

Quant au mariage homo, est-ce une priorité ? J’en doute, et j’avoue mal comprendre mes amis français là-dessus. Surtout si l’on considère que le mariage gay, une réforme justifiée à plusieurs égards, va quand même nous amener à nous prononcer, dès demain, sur des questions épineuses comme la gestation pour autrui. Je ne suis pas particulièrement pressé d’avoir un avis à donner là-dessus. Sur ce sujet-là, comme sur d’autres, il ne me paraît pas blâmable de n’être pas instinctivement « en phase » avec la société. Ou, du moins, de ne pas en rajouter dans l’enthousiasme.

Cette euphorie me donne d’ailleurs l’impression que les défis modernes laissent les Français si impuissants et craintifs qu’ils cherchent à se donner bonne conscience par des chevauchées humanistes d’arrière-garde, tournées vers un passé rassurant de rêve égalitaire, et non vers le présent et l’avenir, qui menacent gravement, concrètement, les quelques acquis démocratiques. Les Français modernes se croient héroïques, ils me paraissent nostalgiques.

« Ce qui est bien est nouveau, donc c’est voulu par tous »

Cet attachement au « progrès » dans le discours de mes interlocuteurs m’inspire une série d’aphorismes : ce qui est nouveau est voulu par tous, donc c’est bien ; ce qui est voulu par tous est bien, donc c’est nouveau ; ce qui est bien est nouveau, donc c’est voulu par tous.

Ces réflexions m’amènent, finalement, à me méfier des ces Français. Car leur amour systématique pour ce qu’ils qualifient de progrès s’apparente à une raison d’État, malheureusement identifiée comme telle par un « nombre de plus en plus réduit d’individus ». J’ai d’ailleurs retrouvé cette expression dans un article du « Monde » sur la pensée de Benoît XVI : « L’articulation entre la raison biblique et la raison grecque a été déterminante dans tous ses enseignements. (…) Ce pape mettait en garde l’homme contre tout asservissement de la foi à la raison d’État et de la raison d’État à une foi. En ce sens, il entendait prémunir le monde contre toute forme d’extrémisme. »

J’ai parlé de cette « articulation entre la raison biblique et la raison grecque » au premier passant dans la rue. Il m’a regardé avec de gros yeux. Là, parmi ce peuple français, je me suis vraiment senti étranger. »

Crédit photo : Patrick Peccatte / Flickr
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