L’ancien « flan » bientôt Président ?

François Hollande est un peu l’invité surprise de la présidentielle. Souvent lapidé pour son manque de charisme, l’ex premier secrétaire socialiste a pourtant une belle carte à jouer en 2012.

Les Guignols de l’info ne s’en lassent pas. Sur leur plateau, François Hollande demeure invariablement le crétin de service, bafouillant ses « euheuh » à chacune de ses interventions. Et dans les commentaires d’articles qui lui sont consacrés, l’ancien premier secrétaire des socialistes récolte encore quelques remarques cinglantes sur son manque de charisme.

Mais le temps et l’obstination ont fait leur œuvre. La patience a payé pour celui qui eut la rude tâche de maintenir le PS à flot après le séisme de 2002. Longtemps ombre de Lionel Jospin, compagnon de l’égérie socialiste Royal en 2007, et outsider de l’archi-favori DSK, François Hollande s’est finalement mué en candidat présidentiel plausible. Au devant de la scène, enfin. Une à une, les enquêtes d’opinion le démontrent : l’homme plaît aux sympathisants socialistes et à bon nombre de Français. Au PS, il devance Ségolène Royal et sa rivale Martine Aubry. Et les sondages le placent systématiquement devant Nicolas Sarkozy au premier et au second tour de l’élection présidentielle.

Pour la gauche ou pour l’homme ?

Faut-il voir dans cette nouvelle popularité un fervent « désir de gauche » en France ? La chose n’est pas impossible. Les dernières élections locales ont confirmé une nette poussée socialiste. Plus récemment, la droite a été malmenée sur plusieurs de ses chantiers, en particulier la sécurité et l’éducation. Et l’effet « naturel » de l’alternance se fait peut-être sentir, après neuf années de gestion UMP au sommet de l’État. Le souhait « Hollande » traduirait ainsi tout simplement une lassitude et une envie de changement. Il bénéficie après tout d’une aura quasi-identique à celle de DSK quelques mois plus tôt. Un simple effet d’aubaine ?

Peut-être pas seulement. L’explication réside également sans doute dans le caractère même du personnage. François Hollande est un homme mesuré. Il rassure. Après 2007 et l’apogée d’un style résolument engagé, décomplexé et notoirement « bling-bling », le candidat à l’investiture du PS renoue avec ce calme dont on peut estimer qu’il cadre davantage avec la stature d’un homme d’Etat, a fortiori d’un Président. Cinq ans en arrière, nul doute que le nouvel homme fort de la gauche aurait fait figure de « flan », de monument bâti à l’ancienne quand on réclamait précisément du neuf après 12 ans de chiraquisme.

Mais les modes se démodent et les faiblesses d’hier pourraient bien être les forces de demain. A une heure où les promesses du pouvoir d’achat sont définitivement enterrées, François Hollande peut se targuer de son ancrage en Corrèze et de sa proximité avec le quotidien des Français. Le « manque d’expérience » dénoncé par ses détracteurs lui donne aussi l’avantage de se tenir un peu à l’écart d’une classe politique actuellement fortement décriée pour son comportement et ses dépenses jugées excessives, en décalage avec la vie de l’électeur moyen.

La normalité à tout prix

Surtout, son caractère souvent jugé trop « mou » marque un net contraste avec l’activisme forcené et l’ultra-communication sarkozienne. Ce qui, aujourd’hui, est peut-être un plus dans le paysage politique. La réserve dans les déclarations peut désormais passer pour une certaine hauteur de vue. L’homme n’est pas tonitruant dans ses déclarations ni dans sa rhétorique. Pas question « d’aller chercher la croissance avec les dents ». La marque du « style » Hollande serait plutôt la sobriété : quand un journaliste lui demande en janvier dernier s’il est devenu excessivement sérieux à l’approche des primaires, il rétorque simplement : « On n’est pas des gais lurons venus amuser les salles ou faire de bons mots à la télévision. »

Dans une interview au point le 26 mai (reprise sur un site socialiste), il parle d’une « présidence normale ». Loin de la combattivité de son probable futur adversaire, qui matraquait en 2007 sa stratégie d’omniprésence et d’efficacité, François Hollande préfère encore une fois la jouer un ton en dessous : « La présidence normale, c’est une présidence qui doit être ambitieuse pour son pays et humble pour celui qui le représente. »

Il s’efforce de donner de lui-même l’image de la lucidité et de la réflexion. La dette de l’État préoccupe les Français ? Il annonce vouloir rééquilibrer les comptes en faisant de la réforme fiscale l’une de ses priorités. Le volontarisme sarkozyste a montré ses limites ? Il affirme que « L’État ne peut prétendre légiférer sur tout » et entend s’appuyer davantage sur les collectivités territoriales. Son programme est aussi sobre que son style : rien de très révolutionnaire dans ses propositions pour la fiscalité (fusion de la CSG et de l’impôt sur le revenu), l’école et la jeunesse (mise en place d’un énième « pacte éducatif ») ou l’emploi (confiance dans les négociations des partenaires sociaux). Pour Le Monde, le ton de son début de campagne est même « un peu morne », à l’instar de celui de Martine Aubry.

Il rassemble au centre et tente l’électorat de la droite.

Mais c’est bien comme cela qu’il compte convaincre (et sans doute pas séduire) : en se situant dans la normalité, en évitant toute forme d’excès. En conservant ce côté « bonhomme » malgré ses 15 kilos en moins et cet air d’homme tranquille de la vie politique. Et ça marche. Il ne fait pas fuir les centristes, loin de là, puisque 35% de ceux qui avaient voté Bayrou en 2007 disent vouloir voter Hollande en 2012. Et selon un article du Monde, bon nombre d’électeurs de plus de 50 ans -habituelle réserve à voix de la droite- se mettent à considérer d’un bon œil l’ex premier secrétaire du PS. Lequel est peut-être en train de réussir son pari d’incarner une nouvelle force tranquille, celle-là même qui avait permis aux socialistes d’arriver au pouvoir en 1981.

Toutefois, rien n’est fait à huit mois de la présidentielle. Si la donne est mauvaise pour Nicolas Sarkozy, celui-ci a tout loisir d’inverser la tendance d’ici là. Il n’est du reste jamais aussi bon que lorsqu’il retrouve ses accents de candidat. Le PS n’a par ailleurs pas encore évité tous les écueils avant la présidentielle qui s’annonce. Quid par exemple de la fameuse règle d’or budgétaire, votée par les socialistes espagnols en accord avec la droite, mais catégoriquement refusée par la gauche française ?

Enfin et surtout, le duel se résumera à un classique droite vs gauche. Malgré l’aura dont il semble pour l’instant bénéficier, François Hollande est l’héritier d’un camp, là où un homme comme Dominique Strauss-Kahn aurait sans doute eu davantage de facilité à internationaliser le débat et à s’élever au dessus de la mêlée, fort de son expérience à la tête du Fonds Monétaire International.

Il faudra aussi compter sur cette « normalité » là. Et si les enquêtes d’opinion sont favorables à François Hollande, elles ont aussi régulièrement montré au cours des derniers mois le peu de confiance que les Français accordent à la classe politique dans son ensemble. A supposer qu’il soit vainqueur dans huit mois, l’ancien premier secrétaire du PS ne disposera probablement pas d’un blanc-seing pour gouverner.

Crédit photp : idf-fotos / Flickr

A lire aussi sur ce blog : un article sur l’endettement en France, et un retour sur l’affaire DSK.

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